À toi qui pense que je me complais dans la maladie

On cesse doucement de me demander si j’ai recommencé à travailler. Certains connaissent mes rages et mes batailles. Mais les autres doivent penser que je me complais dans la maladie. Cette expression est si loin de la vérité…. Se complaire, chérir, aimer… Comme si nous nous mettions à caresser cette maladie et à ne plus vouloir la quitter. Non ! Nous avons une haine incommensurable envers celle-ci. Mais cette colère se retourne contre nous, au point – parfois – de nous empêcher de guérir.

Comment ne pas ressentir un dégoût envers nous-mêmes alors que cette maladie que l’on déteste profondément est en nous ? Sans oublier que la société nous en fait porter toute la responsabilité. Certains jugent ouvertement. D’autres nous tolèrent car sortis du lot : « TOI, c’est un vrai burnout ! Mais les autres…. « . Ça fait mal car – nous le savons – pour tous ceux qui nous connaissent peu, nous sommes ces autres.

Notre incapacité à répondre à l’ordre implicite de tenir coûte que coûte est terriblement destructrice au niveau de l’égo. Et plus le temps passe, plus il est difficile de justifier notre état, aux autres et à nous-mêmes. Nous savons que nous n’avons justement pas à le faire mais c’est si difficile. Alors, petit à petit, nous nous replions sur nous-mêmes et nous perdons toute valeur personnelle. Nous nous isolons du monde. Nous baissons la tête lorsque nous croisons quelqu’un. Nous nous faisons aussi petits que possible, profondément désolés de ne pas être à la hauteur de tous ces travailleurs acharnés et de ces parents éreintés. Car une maman ne connaît pas de limites et tient debout quoi qu’il advienne – par amour pour ses enfants – n’est-ce pas ? Nous alourdissons de la sorte la maladie par le poids de la culpabilité.

Il est assurément difficile de continuer à s’aimer dans de telles conditions. Et tant que nous ne nous libérons pas de ce poids-là, se faire du bien est tout bonnement impossible. Malheureusement, nous ne pouvons guérir si nous n’apprenons pas à prendre soin de nous et à trouver des activités qui nous font du bien. Nous n’allons pas subitement nous relever et redémarrer comme si de rien n’était. Ce n’est pas une grippe ! Nous devons passer outre le jugement que nous craignons tant. Là où vous prônez la vitesse, nous devons accepter la lenteur. La où vous valorisez le contrôle, nous devons exceller dans le lâcher-prise. S’écouter et non s’ordonner. Nous devons accepter qu’un long cheminement nous attend et avancer fièrement, petit pas par petit pas. Mais la moindre parole, le moindre regard peut parfois suffire à nous donner l’impression de n’être plus rien.

Soyons totalement honnête, nous avons nous aussi intégré le diktat de la performance. Nous pensons tout comme vous qu’il faut être plus fort que la maladie, lutter et vaincre. Nous nous efforçons à nier les besoins de ce corps qui se rebelle. Nous devenons notre seul ennemi et nous devons gérer l’étrange paradoxe de vouloir guérir à tout prix tout en ayant l’impression d’être la seule cause de notre enfer. Alors nous continuons à lutter au lieu d’accepter. Nous nous épuisons à refuser qui nous sommes devenus. Nous peinons à correspondre à l’image de la battante qui ne lâche rien. Et nous nous écroulons, encore et encore, avec un sentiment d’échec de plus en plus cuisant. Nous perdons espoir, nous perdons le peu d’estime que nous tentons de garder, nous perdons la force d’avancer, nous perdons à en crever.

Se complaire dans la maladie, donc… Non pas parce que nous la chérissons mais parce que nous avons cessé de croire en nous-mêmes et que nous acceptons de ne mériter mieux. Car si nous ne pouvons accepter, il ne reste qu’à subir…

J’ai donc envie de m’adresser à toi qui considère notre maladie comme un manque de volonté : la prochaine fois que tu nous croises, aide-nous à accepter nos limites du moment. Ne nous donne pas l’impression que la solution est facile. Ne nous presse pas. Écoute-nous au lieu de nous conseiller. Offre-nous un sourire sincère et dis-nous quelques mots qui nous aiderons à reprendre de la valeur et non l’inverse. Nous serons peut-être tous étonnés du résultat…

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

7 réflexions sur « À toi qui pense que je me complais dans la maladie »

  1. Bonjour, je suis passée par les mêmes étapes que vous et je me revois en vous lisant. Sachez que ce ne sont que des cycles, certes longs quand ils sont douloureux mais on s’en sort. J’ai résisté longtemps pour rester digne, sauver les apparences, bref paraître ce que je pensais être bien pour l’extérieur. Mais c’est quand j’ai lâché, quand j’ai accepté d’être là où j’en étais que la douceur est apparue intérieurement. Mon juge interne s’est adouci et mon regard sur moi même a commencé à venir du cœur et moins du mental. Le regard et les réactions des autres ont alors commencé à changer aussi. Les résonances intérieur/extérieur sont fortes. Je vous souhaite d’avancer sur votre chemin avec douceur et bienveillance. Votre chemin est votre essence, peu importe les regards ou jugements extérieurs ou même intérieurs. Suivez votre cœur, donnez vous cette autorisation. L’image n’est qu’un mirage. Comme dit le Petit Prince, ‘l’essentiel est invisible pour les yeux’. Les avis ne sont que des avis, le mien y compris. Soyez heureuse d’être vous, à chaque étape. Aimez-vous en toutes circonstances. Le reste n’est qu’étiquettes qu’on colle pour se définir ou définir les autres. J’ai longtemps perçu mon burn out et l’arrêt qui a suivi comme un échec. Etiquette. C’était une expérience. Simplement. Et je la reconnais aujourd’hui comme salvatrice. Je ne travaille toujours pas, les gens que je croise ont arrêté de me le demander au bout d’un long moment. Je respecte mon rythme et je pars de mes besoins. Mon besoin d’indépendance et d’autonomie fait que je retravaillerai mais cette fois en respectant mon écologie personnelle. C’est vital et non négociable. Bien à vous.

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      1. Oui, c’est vrai, rien n’est linéaire, et je crois que c’est quand on accepte cette alternance de hauts et de bas, cette impermanence, qu’on commence à s’accepter malgré et avec les bas. Car on sait qu’un haut viendra, puis un bas, puis un haut… Et on commence à danser avec cette impermanence. Rien n’est figé.

        Le plus difficile je trouve pour le mental, c’est de ne pas savoir combien de temps ça va durer. Mais le cœur, lui, se fiche du temps. Il prend celui qu’il lui faut, celui qu’il vous faut. Faites lui confiance. Faites vous confiance, aimez-vous et autorisez vous ce temps. Le reste viendra…en temps et en heure 🙂
        En attendant, prenez soin de vos pensées.
        Bonne journée🧸😊

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      2. Merci du fond du cœur pour ces mots puissants ❤️ je commence effectivement à accepter ces hauts et ces bas sans les vivre comme des réussites ou des échecs mais – vous avez trouvé les mots justes, danser avec cette impermanence.

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