Je vais bien

Mon dernier flashback m’a valu quelques retours inquiets. Je ne me rends pas toujours compte de la détresse que contient certains de mes écrits. Avant de continuer mes retours en arrière, je reviens donc un instant dans le présent pour te dire que je vais bien. La rechute décrite dans le flashback du mois de mai a duré un mois ou deux, mais ce fut aussi la dernière (tu en sauras plus grâce à mes prochains petits retours en 2020). Six mois que je n’ai pas eu de grosses rechutes. Une demi-année ! Ca peut paraître rien, mais – après deux ans et demi d’enfer – c’est une véritable victoire.

Je « tiens » des journées de plus de douze heures. Je ne travaille toujours pas et je sors toujours aussi difficilement de chez moi, mais je suis à nouveau une maman à part entière. Après des années en mode survie, mon foyer retrouve la sérénité qui était si précieuse à mes yeux. J’ai beaucoup plus facile à accepter de ne pas bosser maintenant que j’ai retrouvé une certaine stabilité dans ma vie privée. L’espoir de pouvoir retrouver mon métier – ma passion- s’amenuise avec le temps. Mais je commence doucement à accepter l’idée de devoir me réorienter vers un travail plus calme.  

J’ai encore des jours « avec » et des jours « sans », bien entendu. Mais ceux-ci sont moins fréquents, durent moins longtemps et prennent moins d’ampleur qu’avant. Ces jours-là, je lutte plus fortement contre la culpabilité et le mépris de moi-même. Je me laisse plus facilement envahir par ce qu’on doit penser de moi. Je lâche mes progrès pour me braquer sur mes limites du moment. Je cesse de me concentrer sur mon chemin de route et ne voit que la bien trop lointaine destination de guérison ultime. Les douleurs chroniques, les angoisses, la sensibilité au bruit ou encore mes troubles alimentaires s’en ressentent plus forts. Je m’efforce d’être dans l’acceptation et le non-jugement et j’essaie simplement d’observer les conséquences négatives quand ce n’est pas le cas. Cela m’aide à garder le cap, consciente que mon état d’esprit change la donne.

Parfois, je me sens encore en plein burnout ; parfois j’ai plutôt l’impression que c’est ma dépression ou mon TAG qui s’impose. L’important n’est pas dans cette distinction. Non, ce qui importe c’est que je ressens plusieurs heures par jour la sensation d’être guérie… Avant que les symptômes ne reviennent tels une chape de plomb.

Mes plus grandes difficultés se situent au niveau neurologique : mémoire, concentration et sensibilité au bruit. J’ai rendez-vous au mois de mai chez une neurologue et un audiologue ; j’espère y trouver des solutions. En attendant, le seul remède que j’ai trouvé aux troubles de la mémoire, c’est d’en rire. En ce qui concerne mes difficultés de concentration, j’ai appris à ne pas m’acharner sur des activités qui demandent un effort d’attention si le silence manque à l’appel. Lorsque ce n’est pas possible, j’ai dorénavant le réflexe de mettre mon casque anti-bruit avec de la musique classique en bruit de fond léger. Moi qui n’en écoutais pourtant jamais, ça me canalise directement.

La sensibilité au bruit est le symptôme que je gère le plus difficilement. Je peux me lever en pleine forme, faire mille et une choses durant les heures d’école, commencer la deuxième partie de la journée pleine de courage… et perdre très vite tout entrain en présence d’autrui. J’ai pourtant appris à ressentir une bulle protectrice autour de moi qui me permet de maîtriser cinq bonnes heures d’interactions quotidiennes avec les enfants. J’ai cependant encore du mal à ressentir mes limites. Soudain, le bruit résonne et devient réellement douloureux. Un simple bruit de pas ou de frottement devient alors insupportable. Je peine à garder mon sang-froid. J’arrive à canaliser l’envie de m’en prendre à tout le monde, mais je m’éloigne malgré tout de la maman sereine et présente que j’aime être. Cependant, accepter ce trouble me permet de moins culpabiliser face à ses conséquences. Je comprends dorénavant la fatigue qu’elle engendre et j’ai conscience de devoir être à l’écoute de mes besoins de solitude. Sinon, c’est la dégringolade et je deviens explosive.

Je n’aime toujours pas la personne que je suis devenue. Associable, irritable, solitaire, fatiguée, angoissée, négative… J’ai l’impression que le burnout a touché aux peu de qualités que j’étais capable d’apprécier chez moi. Je me sens brisée de l’intérieur, en deuil de moi-même et de ma vie d’avant. J’ai honte de rester braqué sur le passé comme je le fais. J’ai conscience que ça n’arrange rien. Mais c’est un travail long et difficile. Je dois l’accepter.

C’est un peu paradoxal de dire qu’on a le moral alors qu’on est en dépression.  Mais j’ai dorénavant tant de petites choses auxquelles m’accrocher : je sais savourer une bonne heure de musique avant de saturer, je joue et ri avec les petits, la relation avec ma grande se détend… J’assure la vie quotidienne et cela m’aide à relativiser mes limites. Et quand rien ne va ? J’ai conscience que notre réalité n’est qu’émotions et je ne m’y agrippe plus telle une vérité absolue.

J’ai néanmoins encore du mal à prendre réellement plaisir dans ce que je fais. La plupart du temps, je suis plutôt dans l’idée de « tenir ». Il y a comme un fond de tristesse constant avec la conscience accrue de ne pas y céder. Une sensation de lourdeur dans tout ce que je fais. Je vais par exemple être heureuse de préparer des biscuits avec les enfants mais je dois prendre sur moi pour le faire. Le plaisir se situe plutôt dans la satisfaction qui suit l’activité. Je vais ressentir le plaisir d’être allée me promener, non pas le plaisir de me promener. Mais je sais que je crée de cette façon de nouvelles voies neuronales. Petit à petit, cette rééducation cérébrale fonctionne. Je reprends confiance en la vie. Je me surprends même à retrouver cette joie de vivre qui m’était propre : chanter avec les enfants en route vers l’école, faire le ménage en chantant et dansant sur la musique, rire aux éclats,… Je savoure ces instants de légèreté, consciente du chemin parcouru. La route est encore longue, c’est ce que j’ai le plus difficile à entendre. Mais je me retrouve, doucement !   

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

2 réflexions sur « Je vais bien »

  1. J’admire ton courage et ta détermination. Un pas après l’autre…Un jours quelqu’un m’a dit que plus le chemin est dur, plus la récompense est grande…je suis certains qu’un jours tu réaliseras, au-delà des souffrances, ce que cette épreuve t’a apporté. Je te souhaite bon vent 🙂.

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