Flashback : confinement et déconfinement

Fin avril 2020… Le monde se réveille doucement et la Belgique annonce un déconfinement progressif. Je sais que c’est une bonne nouvelle… Évidemment que c’est une bonne nouvelle… Mais malgré tout, mon cœur se sert.

Le confinement a été une réelle bulle d’air pour moi. J’ai conscience que nous avons été des privilégiés : pas de conséquences sur nos revenus, une maison avec jardin, aucune personne proche touchée gravement par cette maladie et une ambiance sereine (avec des moments plus difficiles, bien sûr, mais je pense à toutes ces personnes, petits et grands, qui étaient confinés dans un climat de peur et de haine). Je ne veux donc brusquer personne en disant que j’en ai profité positivement. Mais c’est une période durant laquelle ma maladie est passé au second plan et c’est ce dont j’avais besoin.

Pourtant, quand j’ai appris que nous allions être confinés, j’ai cru mourir. J’étais dans une phase de lutte constante contre ma fatigue et mon besoin de solitude. Comment allais-je faire pour tenir toute la journée avec les enfants alors que j’y arrivais difficilement plus de quelques heures d’affilées ? Comment allais-je supporter d’être entourée H24 ? Rappelle-toi, j’étais censée partir en retraite la veille du confinement, tellement je ressentais un besoin de silence. Alors que mon esprit était déjà pleinement sur ce lieu de recueillement, le destin m’a projeté dans la direction totalement opposée : confinement en famille pour une durée indéterminée… Il me restait un jour d’école pour m’y préparer. Et je me suis donc bombardée de pensées positives : « on va en profiter pour se rapprocher, je vais faire des chouettes activités avec les enfants, … ça va aller, ça va aller ».

Je me suis donc levée le surlendemain – premier jour de confinement – prête à passer une bonne journée. Et elle fût bonne… et les suivantes aussi. Je tenais toute la journée – jusqu’au couché des enfants – sans gros coups de pompe. Habituée à faire des crises d’angoisses dès que je suis confrontée au scolaire, je me suis surprise à reprendre plaisir à créer des activités ludiques (et pédagogiques) pour les enfants. Philosopher sur la situation me permettait en outre de ressentir une certaine fierté : ils sont forts d’esprits, mes bonhommes ! Avec ma fille, c’était plus compliqué. Elle a connu une période de détresse inquiétante. Mais j’ai gardé en tête qu’elle devait avoir le droit de rechuter sans que ça ait des conséquences sur mon état. J’ai gardé le cap. Ma fille, quant à elle, a fini par surmonter ses angoisses et s’est mise à travailler à distance. Elle a réussi son année ! 🤗

Cette période de confinement m’a permis de vraiment réaliser à quel point l’état d’esprit joue un rôle clé dans cette maladie. Du jour au lendemain, je ne me suis plus sentie malade mais confinée. Mes symptômes n’ont pas disparu, comprenons-nous bien. Mais je ne luttais plus contre ceux-ci et cela changeait réellement la donne. Je ne ressentais plus la pression des invitations à refuser, la honte de ne pas travailler, la culpabilité de ne plus sortir de chez moi, le sentiment d’inutilité… Soudain, ne plus sortir de chez soi était la norme. Ça me rappelle une petite blague, tiens.

Le confinement m’a donc permis d’entrer dans une spirale positive. Soudain, j’avais à nouveau un rôle plus important à jouer. Il fallait garder un rythme, continuer à stimuler les enfants intellectuellement, apaiser les angoisses et les tensions, … Il y avait aussi mes amis qui exprimaient cette peur du vide auquel ils faisaient face pour la première fois. En les rassurant, je prenais conscience des apprentissages que le burnout m’avait permis d’acquérir. Je comprenais l’angoisse de passer d’une vie hyperactive à un vide sidéral, l’arrêt brutal qui nous met face à nous-mêmes et à nos choix de vie, des journées sans horaire, la peur de sortir, … Moi qui peine à poser des mots sur cette souffrance, soudain c’est le monde entier qui exprimait le même désarroi.   

Au lieu de me reprocher d’à peine tenir le coup le soir alors que j’avais toute la journée pour me reposer, je me félicitais de tenir toute la journée en estimant mon répit du soir bien mérité. Et comme par magie, la fatigue était moindre. Logique, se reposer en se reprochant de le faire est totalement contre-productif. Ça paraît tellement évident mais l’inconscient n’en a rien à faire de la raison, ni de notre volonté d’y obéir. Au contraire, c’est un rebelle qui démultiplie son énergie lorsqu’on veut le contrôler. C’est un des apprentissages difficiles du burnout : accepter que tout n’est pas qu’une question de volonté.

Toujours est-il que le confinement prend fin. J’ai conscience que c’est une bonne chose pour la santé mentale collective. Même d’un point de vue plus personnel, je sais que mes enfants ont besoin de reprendre une vie active, même si je dois lutter contre l’envie de les garder avec moi dans ce petit cocon. Se mettre à l’abri du monde et s’inventer sans devoir tenir compte de l’extérieur.

Le monde se réveille doucement et mon cœur se sert. Mon mal-être pointe à nouveau le bout de son nez : mes enfants recommencent à vivre… et je reste là ; mes collègues recommencent à travailler… et je reste là ; mes amis recommencent à sortir… et je reste là ; le monde quitte le burnout… et moi, j’y reste. Je cherche à nouveau solitude et silence. Je recommence quotidiennement à me sentir agressée par ce torrent d’énergie qui envahit la maison en dehors des heures d’école. Et la culpabilité m’envahit une fois de plus : « J’ai toute la journée pour me reposer, et je ne gère pas, merde ! » Le cercle vicieux est relancé. Que c’est ardu de changer de discours intérieur !

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

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