07-10 le mythe de la super-maman

Ma fille est à nouveau malade et mes angoisses reprennent de plus belle. Difficile de ne pas culpabiliser, de ne pas me dire que je devrais lui servir de modèle en lui montrant qu’on peut sortir d’une dépression, qu’il suffit de le vouloir… Mais il ne suffit pas de le vouloir. Cette réalité me rattrape à chaque fois même si je ne l’intègre pas encore pour autant.

Je sais pourtant que culpabiliser et me mettre la pression n’aide en rien, bien au contraire. Je dois m’accrocher au positif : l’ambiance à la maison est à nouveau sereine. Cette avancée est énorme. L’année passée, je rajoutais une couche aux soucis de ma fille. Je ne pensais qu’à lui arracher ses cours des mains alors qu’elle s’obstinait à étudier jusqu’à épuisement. J’étais hystérique, incapable de relativiser quoi que ce soit. Elle paniquait pour ses résultats scolaires, moi pour sa santé. Je reconnaissais mes symptômes en elle – ses symptômes en moi – et j’avais du mal à distinguer ses soucis des miens. Je me sentais indéniablement responsable de son état. Mais, à force de faire pire que mieux… À force de constater que je n’obtenais rien d’autres que des rechutes violentes pour moi, une ambiance désastreuse à la maison et une ado qui ne rêvait plus que de fuir ce cocon familial qui n’en était plus un… À force, J’ai compris. J’ai compris que c’est à un médecin et non à moi de trouver des solutions. J’ai compris que ça dépasse mon rôle de la ramener à la vie. J’ai compris que je devais lâcher prise.

Un article m’a interpellé récemment. On y donne la parole à Carla Clarissa, coach en leadership qui a l’ambition d’aider « les femmes dirigeantes à embrasser leurs pouvoirs féminins et à en tirer profit dans leur leadership ». Celle-ci explique que son burnout lui a permis de se découvrir. On lui demande alors dans quelle mesure ces découvertes ont changé sa vie. Voici une partie de sa réponse :

Lorsque j’ai commencé à donner plus de place à l’Aphrodite que j’avais en moi, je n’ai eu d’autre choix que de me rendre à l’évidence. Cela faisait plusieurs années que l’amour et le bonheur avaient déserté notre couple. Naturellement, je n’ai pas baissé les bras aussi facilement. Je me suis demandée pourquoi je n’éprouvais plus d’amour pour le père de mon enfant au moment précis où je venais de donner naissance à un aussi merveilleux garçon. Pour le comprendre, nous avons commencé une thérapie de couple. Lors d’une de ces séances, le thérapeute m’a demandé :  » Pouvez-vous accepter votre mari tel qu’il est ?  » Oui, pensais-je, bien sûr. Mais lorsque j’ai commencé à accepter ce que j’attendais vraiment d’une relation, je me suis rendu compte qu’il n’était pas l’homme que je voulais. J’ai alors arrêté de lutter et de m’accrocher à un rêve. Un rêve que je chérissais, mais qui ne correspondait pas à la réalité. Après avoir décidé de nous séparer, nous nous sommes promis que nous serions toujours là pour notre fils.

« J’ai alors arrêté de lutter et de m’accrocher à un rêve. Un rêve que je chérissais, mais qui ne correspondait pas à la réalité. » Ces phrases m’ont fait l’effet d’une bombe. Ne suis-je pas en train de m’accrocher à un rêve qui ne correspond pas à la réalité ? Oh, je ne parle pas de mon couple, non ! Mais de moi ! J’aimerais tant être une maman héroïque, portant son enfant à bout de bras sans flancher, ne le déposant à terre qu’une fois les flammes loin de lui. J’aimerais toujours trouver les mots justes, lui insuffler la joie de vivre perdue en sachant exactement quoi dire pour l’amener à rire. J’aimerais lui permettre d’emboîter mes pas parfaits – sans embûches – lui évitant de la sorte tout doute quant au chemin de vie à entreprendre… Mais mon chemin est empreint d’erreurs, mes jambes flanchent régulièrement, mes paroles la brusquent et son sourire ne revient pas. Plus je m’accroche, plus j’obtiens le contraire : une ado qui se referme de plus en plus sur elle-même.

Soudain, ça m’a paru si évident. Je suis en train de briser le lien que j’ai avec ma fille par pur égo. L’égo d’une mère qui veut correspondre à l’image collective de la super-maman. Mais contrairement au mythe de la maman parfaite, je n’ai pas le monopole sur la vie et les choix de mon enfant. Il va falloir assumer la réalité : mon adolescente n’est pas mienne. Elle grandit et elle est maître de son corps. Son rôle n’est pas de correspondre à l’image que je me fais d’une adolescente bien éduquée afin de flatter mon égo de mère. Non ! Elle doit vivre sa propre vie, remplie de joies mais aussi de peines, de victoires mais aussi d’échecs. Je dois accepter que c’est par ses propres expériences qu’elle va définir ce dont elle rêve et ce qu’elle craint, ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas, ce dont elle se sent capable ou pas. Elle doit subir ses faiblesses pour y puiser ses forces. Elle doit se détacher de moi… ou plutôt je dois me détacher d’elle. Je veux cesser de nous comparer dans notre maladie ; accepter mon impuissance face à ses soucis de santé ; laisser le temps au temps et faire confiance à ma fille et aux professionnels. En attendant, je ne peux que me contenter de disperser discrètement des petits cailloux blancs le long du chemin en espérant que certains l’aident à ne pas trop s’égarer.

Depuis cette prise de conscience, tout va mieux (au niveau relationnel). Je cesse de courir derrière elle et je la laisse venir à moi. Même si elle ne me parle que de youtubeurs et de maquillage. Même si ça me brûle les lèvres de parler d’autres choses. Le principal, c’est qu’elle parle. Je la laisse venir et repartir à son gré pour qu’elle reprenne confiance en moi. J’arrive à l’écouter de plus en plus sereinement, comme avant… Non, mieux qu’avant ! Une véritable écoute sans me laisser envahir par le besoin absolu de me transformer en vieux sage qui a une réponse à toute question, une solution à tout problème, un conseil à tout doute. J’ai compris que la solution n’est pas en moi. Dès que l’angoisse me prend à la gorge, je cite à voix basse tous les progrès : elle parle, elle reste en bas avec nous, on a trouvé un nouveau psychiatre et on a rendez-vous dans une vingtaine de jours…. Ca va aller !

Respirer…

Écouter…

Accepter…

Lâcher-prise…


Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

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