L’école tue !

Comme à chaque fois, elle s’est épanouie durant les vacances d’été. Elle s’est remise à parler, à rire, à participer à la vie de famille. Mais septembre a pointé le bout de son nez bien vite. L’heure de la rentrée a sonné et les angoisses m’ont envahies. Même si j’ai espéré de tout mon coeur que cette année soit différente des autres…

J’ai écouté – la gorge nouée – le directeur de cette nouvelle école expliquer qu’ils avaient l’habitude d’accueillir des élèves broyés par le système scolaire et que leur mission était de les réconcilier avec l’école. Il a insisté : BROYÉS ! Je l’ai écouté et j’ai espéré. Espéré qu’ils arrivent à rendre le sourire à ma fille.

L’État ne donne pas le choix. Il n’existe rien pour soulager les enfants qui ne trouvent pas leurs forces dans l’enseignement général. Il faut attendre leurs quinze ans pour pouvoir les rediriger. Au lieu de leur montrer leurs formidables qualités, on appuie sur leurs difficultés pendant des années. Il faut attendre… Attendre qu’ils aient bien ressenti qu’ils ne rentrent pas dans le moule… Attendre qu’ils aient bien compris qu’ils sont incapables de réussir là où d’autres semblent tellement forts… Oui, une fois qu’ils ont été bien brisé, renforcé quotidiennement dans leur sentiment de nullité, on les libère.

En attendant, nous voyons notre enfant, dès ses dix ans, ne plus avoir le temps de jouer. Nous nous persuadons cependant que si nous arrivons à le faire travailler dans la bonne humeur, tout ira bien. Nous nous laissons emporter par cette machine infernale en mode « marche ou crève ». Nous savons que notre enfant travaille trop mais nous n’osons l’arrêter. Nous voulons le préserver des critiques, du jugement, des punitions et des engueulades. Nous avons aussi tellement envie de lui éviter des mauvaises notes… Oh, pas par fierté d’avoir un enfant qui ramène des bonnes notes, non ! Mais simplement pour préserver son estime de soi qui se fragilise sous nos yeux. Alors nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens que nous avons. Nous laissons tomber l’idée de lui apporter une bonne méthode de travail, de le faire participer aux tâches ménagères ou même de lui faire pratiquer une activité extra-scolaire. Nous sacrifions des fêtes de famille. Nous nous essoufflons à protéger notre progéniture. Nous allons constamment parler à son instituteur pour tenter de trouver des explications et des solutions. Nous transformons ses cours en jeux de cartes ou en cartes mentales. Nous gérons tant bien que mal ses angoisses nocturnes, son manque de confiance et sa fatigue.

Malgré tout, l’enfant semble perdre toute confiance en lui-même. Ses difficultés prennent de plus en plus d’ampleur. Tout tourne autour de l’école. La vie n’est plus qu’un chronomètre qui impose sa loi au quotidien. VITE finir les devoirs car il faudrait déjà être à table ; VITE manger car il faudrait déjà être au lit ; VITE dormir car la fatigue omniprésente nous inquiète bien plus qu’on ne se l’avoue.

Et nous, en tant que parent, nous nous enfonçons dans la culpabilité. Parce que nous sous-estimons le temps et l’énergie que nous déployons pour garder la tête de notre enfant hors de l’eau. Nous ignorons que tout ceci dépasse notre responsabilité de parent et qu’une aide extérieure serait indispensable. Nous courons trop pour y réfléchir de façon posée. Tout ce que nous voyons, c’est que nous n’y arrivons pas. Les troubles dys, ne l’oublions pas, sont en partie génétiques. Souvent, en tant que parent, nous allons donc nous reconnaître dans les difficultés de notre enfant. Notre incapacité à lui faire obtenir de bonnes notes nous renvoie au temps des bancs scolaires, où on nous accusait d’être paresseux et de manquer simplement de volonté. Et là, soudain, cette honte que nous avons ressentie durant toutes ces années refait surface. Non seulement nous avons été misérable à l’école mais nous ne sommes même pas capable de faire réussir notre enfant vingt ans plus tard.

Nous nous murons insidieusement dans le silence. Comment expliquer les difficultés de son enfant dans une société où la performance est tellement valorisée ? Comment le protéger des remarques en tout genre,? QUI pourrait comprendre la place que prend l’école dans notre vie de tous les jours ? Nous courons après le temps… comme notre enfant… Mais les résultats ne suivent pas. Le cercle vicieux est lancé.

Et puis, un jour, ce que nous ne voulons ni voir ni entendre frappe à notre porte. La fatigue devient chronique, la lassitude envahit tout le corps, l’impuissance est acquise. L’enfant vomit de stress le matin, l’école nous appelle constamment pour venir rechercher cet adolescent qui ne tient plus sur ses jambes. Nous le voyons s’éteindre sans rien pouvoir faire. Ses yeux ne rient plus, son corps ne vit plus, son esprit ne rêve plus. Et, bien vite, nous subissons le même sort. Comment rire, comment vivre, comment avancer… en voyant son enfant sombrer ? Le bateau coule, laissant ainsi la culpabilité remporter son ultime victoire : non seulement nous n’avons pas réussi à être suffisamment fort que pour empêcher notre enfant de se noyer mais nous craquons en plus avec lui. Bravo !

J’ai espéré que cette année nous sorte des pénombres. Mais nous voilà aujourd’hui chez le médecin pour la deuxième absence de ma fille en un mois de temps. Ce mot que je crains depuis deux ans est prononcé à voix haute : dépression. Je le savais, je le disais, mais on ne m’entendait pas. La honte m’envahit… Ce mot…. Ce mot que je connais si bien… Comment puis-je l’aider alors que je suis dans le même état moral ? Comment la convaincre de manger quand je ne mange plus moi-même ? Comment la rassurer alors qu’elle me voit sans force depuis deux ans ? Elle me renvoie de plein fouet l’image de ma maladie. Elle me rappelle que j’ai lamentablement chuté quand elle avait tant besoin de moi. Je n’ai qu’une envie, regarder mes pieds, me cacher là où personne ne verra ma honte et ma détresse. Je l’entends raconter au médecin ne pas se reconnaître, se demander ce qu’elle a. Je l’écoute la tête baissée et je me tais… Silencieusement, je sais… Je sais que j’ai laissé l’école nous tuer.

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

2 réflexions sur « L’école tue ! »

  1. Oh… Je sais ce que tu vis car je l ai vécu avec ma fille dont la déprime scolaire l a envahit de sa maternelle à ses secondaires. Moi non plus je n ai rien vu tellement sa souffrance me renvoyait en pleine figure à mon vécu. Le jour où elle est tombée dans une dépression sévère après avoir couru chez tous les spécialistes en passant par la logopedie, les psychologues les psychiatres par l hypnose la kinesiologie et j en passe… Ce qui nous a ouvert les yeux c est de trouver la bonne personne qui lui a fait passer des tests et qui l a détectée HP. Même si le remède n est pas dans le diagnostic ce fut un déclic pour elle au niveau de l estime de soi et de lui faire comprendre que non elle n était pas nulle mais différente. A partir de ce jour-là à l âge de 14 ans elle a pu gérer l école à son rythme sans pression familiale ni scolaire. Le proviseur et certains professeurs lui ont fait confiance du jour au lendemain où ils ont compris sa singularité . On m avait déconseillé d en parler à l école mais heureusement que je l ai fait. Plus d obligation pour elle d aller à tous les cours, aux récréations et aux voyages scolaires. Ma fille a vécu par après ses cours à distance et même si cela me faisait peur pour elle qui n avait plus de vie sociale elle a retrouvé le sourire de jour en jour. Rien n’ a été facile ni pour elle ni pour moi mais aujourd’hui âgée de 24 ans elle est en Master de psychologie sans jamais avoir mis les pieds à l université depuis 4 ans.. L idéal pour ton enfant est de comprendre qui elle est et comment elle fonctionne. Lui donner cours à la maison et passer le jury central peut être la solution. Il existe également une école démocratique à Gembloux pour les enfants qui ne peuvent gérer la scolarité traditionnelle. Va voir leur site sur internet et renseigne toi sur les écoles de ce type près de chez toi. Courage.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s