18/09 : Et moi, et moi, et moi

J’ai essayé de nier la question le plus longtemps possible… Mais tu m’as écrit encore et encore pour me demander ce qu’il en était de moi et de ma reprise…. J’étais censée recommencer en ce début d’année scolaire en mi-temps thérapeutique. Une petite voix me chuchotait que je n’étais pas prête, mais aaargh, qu’est-ce que l’ego a du mal à l’accepter…. Malheureusement, la sentence est tombée cette semaine : je n’ai finalement pas reçu le feu vert.

J’ai une folle envie de me cacher, me mettre à l’abri des questions ou des réactions en tout genre. J’ai fait ma maligne en allant à l’encontre de l’avis de tous et, finalement, comme d’habitude, j’avais tort. Alors je me terre silencieusement. Malgré tout, même si la déception et la honte sont encore fort présents, je sens que je réagis plus positivement que les autres fois. Pourquoi ? Parce que les choses bougent ! Oui, les choses bougent enfin !

Je reste très sensible à la fatigue neurologique. Je peux ranger et nettoyer (presque) toute une journée (lentement mais sûrement) sans le payer trop cher au soir, mais si je dois me concentrer (lire, écrire, conduire, parler…) plusieurs heures d’affilées, c’est la dégringolade. Dans ce cas, soudainement, sans prévenir, mon cerveau bug, je ne trouve plus mes mots, j’ai des vertiges de dingue, les bruits résonnent en force, tout m’agresse et je ne contrôle plus rien. C’est pour cela que les vacances ont été une période difficile pour moi car j’avais peu d’occasions pour m’isoler. Mais cette période difficile – suivie par un tout nouveau rythme (bien plus bénéfique) à la rentrée, m’a permis d’avoir enfin conscience de certaines limites à respecter.

L’année passée, je partais chercher les enfants à l’école vers 14h pour revenir vers 17h30. Aujourd’hui, je pars un peu avant 15h et nous sommes de retour à la maison vers 15h30. Il m’aura fallu goûter à ce rythme plus doux pour réaliser que TOUTE mon énergie partait dans les trajets scolaires. Partir vers 14h et revenir vers 17h30… Tous les jours… Se retrouver avec des enfants hypers nerveux à cause des embouteillages… Gérer l’après-midi avec mon cerveau en compote… Laisser le retard dans le ménage s’accumuler car incapable de gérer quoi que ce soit en plus des trajets… Profiter des jours où je ne faisais pas la route pour essayer de rattraper ce retard… Et m’écrouler encore et encore à chaque fois que je commençais à sortir la tête hors de l’eau… Continuer qui plus est à être constamment confrontée aux éléments déclencheurs de mon burnout… Hyperventiler en continu, faire une crise d’angoisse après l’autre… Cette impression de cercle vicieux, ce gouffre dont on ne trouve la sortie… Comment ai-je pu être si sévère envers moi-même et ne pas me rendre compte à quel point je ne savais pas remonter la pente dans ces conditions-là ?!

Aujourd’hui, je suis bien plus en accord avec mes valeurs. Les enfants ont une vie tellement plus saine. Ils se lèvent plus tard, rentrent plus tôt, ne passe qu’une demi-heure par jour dans la voiture, ont des repas sains, bio et locaux tous les midis… Comme quoi, il ne faut pas toujours déplacer des montagnes pour changer de vie : dès que tu vas dans la bonne direction, tout s’apaise, qu’importe le chemin qu’il te reste à parcourir. Et c’est exactement la sensation que j’ai depuis deux semaines : je ne suis pas guérie mais – après avoir passé deux ans à m’égarer – j’ai enfin trouvé la voie (la voix ?) à suivre.

Dès que j’ai déposé les enfants à l’école, je profite précieusement de ma solitude. J’ai lutté corps et âme contre cet isolement mais j’ai conscience aujourd’hui à quel point il m’est précieux. Premièrement, je ressens un énorme besoin de me mettre à l’abri du jugement et des pensées négatives des autres. J’ai vraiment besoin d’être très attentive aux informations que je reçois. La moindre chose m’angoisse. Je m’entoure de pensées positives et de lecture rassurante. Deuxièmement, cette solitude me permet de me reposer d’un point de vue neurologique. Pas de bruits, pas de mouvements, volets fermés pour ne pas subir de lumière trop forte… Mon cerveau se repose pendant que j’accomplis les tâches du jour, lentement. Ce calme me permet de mieux gérer l’animation de la vie de famille qui m’attend dès 15h. Je vais chercher les plus petits sans ressentir le stress des embouteillages. Ils me racontent – enthousiastes – leur journée pendant qu’on marche vers la plaine de jeu du quartier, installée à l’entrée d’un joli petit bois. On y attend la plus grande durant un p’tit quart d’heure, ils se défoulent pendant que j’apprécie la sérénité de l’endroit. J’ai en suite l’énergie nécessaire pour aider aux devoirs… calmement… ce qui était impossible l’année passée. Mon état du soir reste encore très fragile. Parfois, j’ai la force de coucher les enfants et de passer un moment de complicité avec chacun avant d’éteindre les lumières. Parfois, c’est plutôt mon mari qui gère. Mais d’une façon générale, je suis enfin à nouveau une MAMAN et ça change tout.

Me sentir à nouveau plus ou moins capable de tenir ce rôle me permet de mieux accepter mes limites. Oui, j’ai encore et toujours besoin de m’isoler mais je suis sincèrement en paix avec moi-même. Avant, j’encaissais ce besoin de solitude comme un échec. C’était la preuve ultime que je n’allais pas bien. J’étais coincé dans un état d’esprit très binaire : soit je vais bien et je suis capable d’être présente pour tout le monde – soit j’ai besoin de m’isoler et j’estime donc être en rechute. Et bien, non ! C’est fini de penser de la sorte. Je vais beaucoup mieux MAIS je ne suis pas guérie. Je vais beaucoup mieux MAIS je suis encore très vulnérable dans mes relations sociales. Je vais beaucoup mieux MAIS mon cerveau a besoin de plusieurs heures de tranquillité par jour. Je vais beaucoup mieux PARCE QUE j’accepte mes besoins et mes limites ! Et j’accepte volontiers mes besoins et limites PARCE QUE je vais mieux et qu’il est hors de question que je perde l’énergie que j’ai retrouvé.

Je commence doucement à retrouver une vie. Mes tics nerveux et ma phobie sociale sont toujours là… Mais j’ai réussi à aller chercher un cartable avec mon fils dans un shopping bondé un samedi en plein après-midi. Quelle fierté ! Ma fatigue est toujours omniprésente… Mais j’arrive à me lever tous les jours avant 7h et je tiens un peu plus de douze heures. Je gère à nouveau le ménage, le linge, les devoirs. Avec des hauts et des bas… Sans jamais pouvoir lâcher la pression… Dès qu’il y a une journée où je n’ai pas assez l’occasion d’être seule (le mercredi et le week-end par exemple), tout repart en vrille… Mais je prends ça comme des piqûres de rappel; une façon de m’empêcher de retourner dans le déni !

J’ai tellement envie de croire que travailler n’est qu’une question de volonté… Mais le corps est là, faisant encore et toujours barrage à mes dénis. Je ne recommencerai donc pas encore tout de suite le boulot mais – pour la première fois – je n’ai pas eu l’impression qu’on m’annonçait que j’allais rester au fond du trou sans sortie de secours. J’ai malgré tout du mal à l’accepter, bien sûr… Le qu’en-dira-t-on… L’ego… La crainte de ne jamais m’en sortir… Et puis, l’envie de retrouver mon métier-passion aussi, tout simplement. Mais mon instinct de survie crie haut et fort que non, plus jamais je me laisserai tomber aussi bas ! Et ma raison me chuchote à l’oreille qu’on retrouve enfin un peu de sérénité sous notre toit… C’est le plus important… Le reste suivra… Prends soin des minutes et les heures prendront soin d’elles-mêmes… Tout va bien !

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

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