11 août : l’amitié

Cela fait deux semaines que je suis rentrée de vacances avec cet énorme besoin d’être seule. Pourtant, il m’aura fallu patienter jusqu’à aujourd’hui pour avoir réellement une « journée à moi »…

J’ai saturé ces derniers temps avec le sentiment d’être incapable « d’avoir la paix » ne serait-ce qu’une journée, sans coup de fils – de messages ou d’obligations sociales en tout genre. Je sais, c’est honteux, mais j’en viens par moment à me plaindre d’avoir trop d’amis. J’aimerais qu’on m’oublie… pas trop… mais de temps en temps. L’envie d’être juste moi… Non pas une maman, une épouse, une fille, une soeur, une amie, une tante, une marraine ou qui sais-je encore, mais juste moi. J’aimerais ne pas entendre « maman » soixante fois par minute, ne pas devoir accepter ce repas que je reporte depuis trop longtemps, ne pas me tracasser pour cette amie qui ne va pas bien, ni culpabiliser pour celle qui attend de mes nouvelles. J’aimerais qu’un « non » ne me coûte pas plus d’énergie qu’un « oui ». J’aimerais penser à moi et rien qu’à moi.

Oui, je suis devenue une personne tristement égocentrique depuis deux ans. J’ai tellement l’impression d’être centrée sur mes petits problèmes à moi et rien d’autres. J’ai beau me dire que c’est une maladie, j’ai honte d’être tombée si bas sans réelles raisons. J’ai conscience que ça ne sert absolument à rien de se comparer aux autres mais quand je vois ce que certains endurent sans s’écrouler… Il y a de quoi regarder ses pieds. C’est sûr, j’aimerais qu’on m’oublie de temps en temps… mais j’aimerais encore plus cesser de ne vouloir penser qu’à moi et retrouver le plaisir d’être présente pour tout ce petit monde.

J’essaie donc de retrouver doucement goût à une vie sociale (à condition que ce soit en petite comité). On a reçu quelques fois des amis à la maison et j’ai repris plaisir à entendre les personnes me dire que notre chez-nous est zen et qu’on s’y sent vraiment chez soi. Comme un doux vent du passé qui resurgit. Mais je sens aussi le danger pointer le bout de son nez : je me retrouve à nouveau à proposer de garder les enfants d’un peu tout le monde. Je ne me sens pas forcée, j’adore ça, mais force est de constater que mon fonctionnement reste le même. Je ne peux voir des parents fatigués sans proposer mon aide et, comme avant, je le propose en niant le surplus de travail :  » Ne t’inquiète pas, ça ne me demande pas de boulot. Après tout, un – deux ou dix enfants, quelle différence cela fait-il ? Ils jouent ensemble, non ?  » Aucune hypocrisie dans mes propos. Depuis toute petite, je rêve d’une maison dont la porte reste ouverte, un foyer où tout le monde se sent chez soi…. Mais malgré tout, une petite voix essaie de s’imposer : six enfants sont restés dormir en deux semaines de temps… Ma sonnette d’alarme retentit mais je n’ai pas envie de l’entendre. Je suis « comme avant » et ça me fait du bien.

Nous sommes aussi allée manger chez un couple d’amis qui m’est très cher. Ce sont un peu mes seconds parents. Lui est d’une telle exigence et d’un tel perfectionnisme, tant envers lui-même que les autres, que je me suis toujours demandée comment il faisait pour me supporter. Je suis terriblement distraite, désorganisée et assez bordélique. J’exaspère donc facilement les perfectionnistes. Mais je ressens un amour inconditionnel quand je suis chez eux. Ils ont le don d’écouter avec attention, dénués de jugement. Ils ne sont jamais mal à l’aise, ni par les paroles, ni par les silences. Ils ont cette chaleur humaine qui permet de se sentir en sécurité et l’humour nécessaire pour rendre n’importe quelle conversation légère. Ils ont pour finir ce franc-parler que j’ai toujours aimé. Résultat, quand nous passons du temps ensemble, je me retrouve toujours en thérapie. Ces sujets dont je ne parle jamais me viennent spontanément à l’esprit en leur présence. Et je repars toujours de là-bas gênée de les avoir importunés avec mes petits soucis et honteuse d’être aussi redondante dans mes discussions… Mais ils restent présents et ils continuent bizarrement à m’apprécier. Ils tiennent compte de ma maladie en toute discrétion, en proposant par exemple, l’air de rien, des plats où on se sert soi-même pour que je puisse mange sans stress. J’apprécie sincèrement cette attention bienveillante.

Aujourd’hui, j’avais du temps pour écrire et je voulais en profiter pour exprimer ma reconnaissance envers tous mes amis. Je me rappelle de cette prof d’anglais qui avait souligné mon bavardage incessant lors d’une réunion de parents. Mon père lui avait suggéré de me mettre à côté d’une personne que je n’aimais pas. La prof avait répondu – avec un tel désarroi que je m’en souviens encore – que je m’entendais avec tout le monde. C’est vrai, je me suis toujours fait facilement des amis. Mais tu sais ce qu’on dit : c’est dans la maladie qu’on se rend compte de nos véritables amis. Et on me dit tellement souvent que je suis naïve que j’avais un peu peur, j’avoue, d’essuyer quelques déceptions. Mais j’ai beaucoup de chance, je suis superbement entourée. Aucun ami ne m’a déçu. Tous arrivent à être plein d’indulgence et de compréhension alors que moi… je me pardonne si difficilement à moi-même.

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

6 réflexions sur « 11 août : l’amitié »

  1. Bonjour à toi… Je suis stupéfaite que tu ne sois plus suivie par ta psychologue des débuts de ta maladie alors qu elle t à fait évoluer en dehors de ton quotidien par des retraites. .Je suis étonnée que tu sois retournée à la mer entourée des tiens alors que tu as un besoin certain de te ressourcer seule. Je n ai pas les réponses à tes questionnements mai toi tu as toutes les réponses. Relis tes messages de ton blog depuis le mois de février et tu verras le cheminent de tes réflexions. On ne ressort pas idem d un burn out on en ressort différent plus centré sur l écoute de ses limites personnelles. Retourner dans le même fonctionnement qui t à conduit au burn out est illusoire. Je te souhaite beaucoup de courage et tu es courageuse. Bisous

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    1. Oui, tu as raison. Mais il me revient bien malgré moi à chaque fois que je retrouve de l’énergie.

      Pour ma psy, le moment n’était vraiment pas idéal. Mais je pense depuis un moment que la thérapie stagne. Elle m’a apporté énormément de choses, je pense qu’il est temps de voir ce que d’autres peuvent m’apporter. On verra.

      Merci à toi pour tes commentaires qui m’aident toujours dans ma réflexion. 😘

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      1. Chère Kat… Je ne sais pas si j ai raison mais étant sortie du Burn Out je me permets de te donner des pistes. La veille de reprendre mon poste de travail à mi temps après 7 mois d arrêt, j’ai paniqué, pleuré.. Je ne voulais absolument pas y retourner alors que mon psychiatre m encourageait à y retourner à mi temps. J ai élaboré avec lui de semaine en semaine durant 7 mois un plan d action pour le retour au travail et cette direction me paraissait insurmontable et je l ai écouté séance après séance… j ai accepté les médicaments, je mange, je fais de l art thérapie une fois par semaine. je marche 1/2 heures dans la nature tous les jours même si pas envie ni énergie…. , je délègue la préparation des repas à mon compagnon, je suis douce avec moi même avant de penser aux autres, je refuse les invitations à diner, je refuse les bains de foules, les files dans les magasins, les sorties et vacances en groupe, les restaurants à plus de 4 personnes, je m isole une heure par jour sans être dérangée dérangée….Je ne suis plus la même personne que j étais hier (avant le BO) … J ai tourné la page sur ce qui j étais avant.. C est la leçon que ma fait comprendre le maître 💖BO.. Je pense à mes besoins avant de penser aux autres. Et j ai compris que ce n’était pas de l égoïsme, non, mais que c était de l amour de soi tout simplement.Du coup le retour au travail c est super bien passé parce que j ai changer de comportement vis à vis de moi et des autres et je suis en harmonie…. Enfin.. Bisous

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      2. Mon « tu as raison » n’était pas des paroles en l’air. TU AS RAISON. Je le sais. J’ai changé pas mal de choses au niveau de mon etat d’esprit, mais je me tue à ne pas changer face aux autres et je sais, JE SAIS, que je fais fausse route. Je comprends plein de choses mais je n’intègre pas. Dès que j’ai de l’énergie, je retourne dans mes travers. Comme m’a dit la mamie 😉 : on sent que le cheminement est long et horriblement culpabilisant pour vous. Je dois réussir à déposer certaines choses… J’espère que j’y arriverai avec elle. 💕😘😘😘 Mais petit à petit, des changements se font. Intérieurement, ils sont énormes. Socialement…. La cata 😉

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  2. Bonsoir kat… Je sais, oh combien, c est difficile car le BO nous marque encore plus dans notre différence de personnes atypiques. Moi aujourd’hui j en ris et je me dis… Ben oui c est ça… HP veux dire également Handicapée Sociale… Tu sais il faut bien se l avouer mais on est des personnes tellement fragilisées émotionnellement qu à force de donner… On tombe… Le seul moyen de se recentrer est d être « fort' » physiquement et psychologiquement de soi à soi et non de soi aux autres… J espère sincèrement qu on se rencontrera un jour….

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