10 juin : nourrir le bon loup

Les jours passent et je néglige à nouveau ce blog. Écrire reste difficile même si salutaire. Tout se bouscule en moi. Les « éléments extérieurs » se déchaînent depuis quelques semaines et j’y résiste difficilement. Les crises d’angoisse sont à nouveau tellement fréquentes que j’en suis épuisée. Mais bizarrement, le moral reste bon. Je pense vraiment avoir trouvé les clés pour ne pas retomber en dépression, elle est toujours là mais je la contrôle. J’ai conscience qu’il y a deux loups en moi et je fais tout pour nourrir le bon.

Le premier me tire vers le bas. Il ne m’aime pas et l’exprime constamment :  » Regarde-toi avec tes crises d’angoisse. Lamentable ! Tu ferais mieux de laisser tomber et d’accepter que tu n’auras jamais la force de sortir de cette maladie. Tu n’es qu’une faible, tu l’as toujours été et tu le seras toujours. Reste dans ton coin et fais-toi oublier, c’est le mieux que tu puisses faire !  » Ce loup est prêt à tout pour me garder au fond du trou. Il me coupe tout appétit, m’envahit de vertiges et m’incite à rester toute la journée cachée chez moi à fuir la vie. Après tout, il y a bien un moment où il faut accepter son sort, non ?

Mais je ne peux accepter ce sort. Heureusement, l’instinct de survie est encore présent. J’ai des enfants à voir grandir, un métier-passion à retrouver, un mari formidable à aimer et ma seule chance d’y arriver est de ne pas nourrir ce premier loup. J’ai beaucoup de défauts mais j’ai toujours su apprécier les petits bonheurs de la vie. J’ai toujours su relativiser le moins bon. J’ai toujours été spontanément heureuse. Mince, cette flamme qui permet d’aimer profondément la vie doit bien se cacher quelque part, elle ne peut pas avoir disparu !

Le second loup, lui, a sincèrement envie de m’aider. Il me fait taire quand je me dénigre et me rappelle que ça ne sert absolument à rien. Il me responsabilise, mais refuse la culpabilité tout autant que la victimisation. Il me parle d’un ton encourageant mais juste : « je sais que ce n’est pas facile mais il faut vraiment que tu réussisses à sortir de ton lit si tu ne veux pas t’enfoncer encore un peu plus. Ta seule chance d’aller mieux est de te raccrocher la vie. »

Je me force donc à nourrir le deuxième loup. Lorsque je me réfugie dès 18h dans mon lit, je fais une pause de dix minutes avant de me forcer à aller vers le rire des enfants qui résonne d’en bas… Nourrir le bon loup ! Lorsque j’ai envie de m’enfermer toute la journée à la maison, je me force à sortir prendre l’air… Nourrir le bon loup ! Lorsque mon estomac est noué, je me force à manger ne serait-ce que quelques fruits… Nourrir le bon loup ! Même si le bruit résonne douloureusement fort, même si j’ai un arrêt cardiaque à chaque mouvement brusque (avec des garçons de 5 et 7, j’avoue que ce n’est pas rare), même si je ne ressens pas le plaisir d’antan, je me force à jouer avec les enfants… Nourrir le bon loup. Notre petite famille retrouve doucement un équilibre et une paix oubliée, alors je m’y accroche de toutes mes forces.

C’est une drôle de sensation de ne ressentir aucun plaisir à faire des choses qu’on aimait pourtant auparavant. C’est handicapant d’avoir des angoisses, les sens exacerbés et des vertiges continuels. C’est fatigant d’avoir deux boulets aux pieds. C’est culpabilisant d’avoir le corps qui se crispe quand les enfants s’approchent spontanément pour me faire un câlin. Je dois prendre sur moi pour laisser mon enfant me faire un bisou d’amour ! Si j’y pense, les larmes me viennent directement. Mais, malgré tout, le bon côté de cette maladie, c’est qu’elle donne de la force à l’essentiel qu’on a tant tendance à oublier de nos jours. Faire de la pâtisserie, sauter dans le trampoline, se promener, jouer dans le jardin, commencer un potager,… Même si le plaisir est un peu faussé (paraît que c’est à cause des hormones 😉), j’essaie de ne jamais négliger ces doux moments.

À toi qui me lis si souvent, toi qui me confies tes souffrances et ton mal être, sois doux avec toi-même, fais-toi du bien même si tu n’en ressens pas les effets. Sois indulgent envers toi-même les jours où tu n’y arrives pas. Nourris le bon loup, encore et encore, en attendant que l’autre se meurt.

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je n’en fais jamais rien à moitié.

6 réflexions sur « 10 juin : nourrir le bon loup »

  1. Quel soulagement de te lire….cela fait quelques jours que ton blog est suspendu à mon chevet attendant de tes nouvelles. J aime cette idée des deux loups qui est plus douce que la chanson de Mister Renaud et Mister Renard….Je vais nourrir au mieux mon loup blanc car il en a bien besoin…et je vais fermer à clefs le chenil du loup noir qui me nargue trop souvent. Merci à toi de nous donner des clefs à travers les épreuves de ton BO..et j espère que dans les prochaines semaines le BO s appellera BONHEUR….Courage à toi, à moi, à nous….

    Aimé par 1 personne

  2. Oh….C est drôle ce que tu me dis car une de mes passion était l écriture et j ai participé à des ateliers. Mais voilà depuis ma maladie mes neurones ont disjoncté et je sens que mes capacités cognitives ne sont plus au point….Je ne sais plus que lire 15 minutes et écrire quelques lignes…C est pourquoi je ne sais pas vers qui me tourner pour «apporter» cette preuve à mon employeur pour une réorientation de service. Bonne nuit….

    J'aime

  3. Oh….zut alors…moi qui rêvait en me levant ce 11 juin allez nourrir mon loup blanc voilà que sans crier gare et par surprise le loup noir m a avalée toute crue ce matin. La descente pour moi fut longue et pénible car elle a duré toute la journée et le début de soirée. Là …..je prie pour que le loup noir souffre toute la nuit d une indigestion épouvantable et qu’ il n ait plus jamais envie de me croquer…

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s