À toi qui me voit sourire

La pensée qui me vient à l’esprit en fin d’après-midi est toujours la même :  » Yes, j’y suis arrivée, j’ai survécu, j’ai vaincu !  » Je progresse de jour en jour, c’est un fait. Pourtant, le soir, quand les batteries sont à nouveau à zéro, je me retrouve envahie par les angoisses, la culpabilité, les idées noires,…

Plus moyen de me concentrer sur le positif, je ne vois plus que mes limites : comment vais-je faire pour reprendre le boulot alors que gérer le quotidien correctement me demande déjà tant d’efforts. Et comment vais-je faire pour ne pas sombrer à nouveau dans la dépression si je ne suis pas prête d’ici quelques mois ? Mes proches me disent de patienter mais je ne sais plus entendre ce mot, ça fait un an et demi que je prends mon mal en patience et que j’accepte – non pas la tête baissée mais avec humilité – la piètre image que le burnout me renvoie de moi-même.

Les idées noires reviennent en force. Je ne me reconnais plus. J’ai perdu tout ce que j’étais capable d’aimer – ou de laisser aimer – en moi : ma patience, ma joie de vivre, ma positivité. Tout ce qui était facile à mes yeux, tout ce qui me procurait du plaisir et de l’énergie, m’accable dorénavant. Les boulets invisibles mais solidement accrochés à mes pieds m’épuisent. Je me sens tellement nulle de ne pas y arriver. J’essaie de tout mon cœur…

Et pourtant, une voix me réprimande : je pourrais faire du sport, cesser de regarder la télé le soir pour ne pas gaspiller de l’énergie inutilement, cesser le sucre qui augmente l’état dépressif… Alors comment est-ce que j’ose dire que j’essaie de tout mon cœur ?! Non, je suis qu’une nulle incapable de me donner un bon coup de pied au cul. Je me déteste, je déteste mes crises d’angoisse, ma négativité, mes vertiges, ma lenteur, ma fatigue continuelle, mon incapacité à gérer la moindre petite dose de stress. Je me déteste !

La colère que je ressens envers moi ce transforme en désarroi : mais je fais de mon mieux ! Chaque geste me demande tellement d’énergie. VIVRE me demande de l’énergie. Le matin, il me faut une force incroyable pour ne pas rester envahie par les angoisses au fond de mon lit. Il n’y a qu’une seule façon de les faire fuir, je le sais : l’action. Alors, je me force à me lever, à m’habiller, à sortir le chien, à AGIR. Et doucement, le corps s’anime. Les muscles douloureux se détendent un peu. Le visage crispée laisse place à un sourire… Jusqu’au soir.

Soudain, une peur m’envahie. Je ne vais pas mieux. Non, je leurre tout le monde. J’ai juste suffisamment d’énergie pour cacher mon état, pour porter un masque et te sourire quand je te croise. La dépression est là, bien accrochée au fond de mes entrailles, elle se rappelle violemment à moi le soir, comme pour me prévenir qu’elle n’a pas dit son dernier mot. Le burnout se rappelle à moi, lui aussi, et mon corps crie à tout bout de champ que je tire sur la corde et qu’elle risque de casser à nouveau. Je mens à tout le monde, même à moi-même. Le souvenir de l’ancienne moi s’éloigne, les enfants grandissent et s’habituent à cette nouvelle maman… Je hais le temps qui passe ! Je me hais, je hais cette maladie et l’envie de me détruire qu’elle suscite en moi.

Je frôle entre temps la crise d’angoisse tellement je ressens cette pulsion de destruction. Et si ? Et si je restais dans cet entre deux : capable de faire semblant mais incapable d’aller mieux pour de vrai ? Si je finissais par me faire du tort ? Je sais encore à peine respirer et mes craintes deviennent des certitudes à mes yeux : je vais duper tout le monde et me détruire. Trop lâche pour le suicide, ce sera certainement à petit feu… Même si j’ai conscience qu’il suffit d’un instant de désarroi absolu. Quoi qu’il en soi, je vais mourir. Je le sens. Je ne vais pas m’en sortir. Je suis foutue !

Une part de moi se sent prête à tout pour recommencer à vivre et à travailler. Me débarrasser une bonne fois pour toute de cette maladie. Je veux guérir avant d’être aigri, de perdre espoir, de sombrer pour de bon… Je veux guérir avant que tu ne changes définitivement l’image que tu as de moi. Je sens une guerrière en moi, prête à tout pour y arriver. Mais la peur fait retomber l’espoir tel un soufflé… Peur de retomber de mon cheval en plein galop. Peur d’avoir à nouveau l’énergie de faire pour ne pas être. Ne pas penser. Sourire. Enfouir. Nier à nouveau le corps. Et retomber aussi bas, peut-être même plus bas.

La nuit s’installe et je suis terrifiée au point de ne plus savoir respirer. J’ai peur… Peur de guérir et peur de rester malade. Peur de tenir bon et peur de lâcher. Peur de vivre et peur de mourir. Ma tête hurle à un tel point que j’ai envie de me tuer. Mon corps panique à un tel point que j’ai peur de mourir… Tout est dualité en moi.

Trois heures du matin… Je me concentre sur ma respiration pour la contrôler à nouveau. J’écris pour vider ma tête de ses démons. Je me blottie dans les bras de mon mari pour ne pas me laisser engloutir par les pensées sombres de la nuit.

Demain, je vais à nouveau avoir l’espoir et le courage de lutter. Demain, je vais te croiser. Demain, tu me diras de profiter de ce temps d’arrêt et je te tairai mes craintes ; tu vas exprimer ta joie de me voir à nouveau en forme et je te tairai mes souffrances. Par ego, par peur du jugement, par envie d’y croire… Demain, je vais te sourire… mais il se cache tant de choses derrière un sourire.

Important : Cet article n’est que le reflet des pensées noires qui m’envahissent quand je ne vais pas bien. La dépression et le burnout sont des maladies. La volonté n’a donc aucune emprise dessus. Il est important que la société change son regard sur ces maladies car la culpabilité, renforcée par l’image que la société projette sur nous, aggrave la maladie.

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je ne fais jamais rien à moitié.

2 réflexions sur « À toi qui me voit sourire »

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