L’impuissance tu désapprendras

J’ai du mal à gérer mes émotions, j’ai des crises de panique, je suis un danger public au volant, j’ai des vertiges handicapants, des noeuds musculaires et de gros troubles alimentaires, je suis désorientée dès qu’il y a du bruit ou beaucoup de mouvements autour de moi, je panique à la moindre prise de décision, je perd totalement pieds en situation de stress, je m’isole énormément, j’ai des pensées noires, l’impression d’avoir deux gros boulets aux pieds, des difficultés de concentration, une mémoire qui me fait hautement défaut,… C’est sûr, je ne suis plus la même depuis mon burnout…

Le lâcher-prise

Au début, lorsque nous sentons le corps qui lâche, nous allons lutter de toutes nos forces. Malheureusement, plus nous luttons, plus le corps s’entête à faire grève en aggravant les symptômes. Les médecins nous expliquent en long et en large qu’il ne faut pas lutter mais lâcher-prise. Cette solution paraît si simple que nous avons honte de ne pas y arriver. Mais lorsque nous avons l’impression que notre vie nous file entre les doigts, il n’est pas aisé de faire confiance au futur et de laisser les choses nous échapper. La lutte n’est pas une question de volonté mais un instinct de survie.

A force de rechutes, à force de nous rendre compte que chaque effort nous enfonce un peu plus, nous finissons par abdiquer. Dans mon cas, c’est à partir de ce moment là que les médecins m’ont collé un deuxième diagnostic : dépression profonde. Or, je ne suis pas d’accord avec ce diagnostic (oui, je sais, je suis une patiente difficile, on me le dit souvent). Je pense que le burnout mène à un phénomène bien connu dans le milieu scolaire : l’impuissance apprise (appelé aussi résignation acquise). 

L’expérience de Seligman

Ce phénomène a été mis en évidence par le psychologue Martin Seligman dans les années septante, à l’aide d’une expérience qui – fort heureusement – ne serait plus acceptée de nos jours. Pour faire court, Seligman a infligé des chocs électriques à des chiens, en leur donnant cependant la possibilité d’y échapper en sautant par-dessus une petite clôture. Il a prouvé que des chiens qui avaient été soumis à ces mêmes chocs électriques sans aucun moyen d’y échapper, et ce durant un certain laps de temps, restaient passifs et résignés une fois qu’il les remettait dans la cage d’origine (avec la possibilité de sauter par-dessus cette fameuse clôture). Ils avaient acceptés leur sort, tout simplement.    

L’impuissance apprise en classe

L’impuissance  apprise se produit donc lorsqu’un être humain (ou un animal) est sujet de manière répétée à un stimulus perçu comme négatif, auquel il ne peut échapper. Au bout d’un certain temps, l’individu cessera d’essayer d’échapper à la situation déplaisante dans laquelle il se trouve et réagira comme s’il était impossible de s’en échapper.  La résignation l’empêchera de percevoir une nouvelle opportunité s’offrir à lui. Une enseignante a voulu prouver à quel point il est facile de susciter chez des élèves ce sentiment d’impuissance. Il ne lui a fallut que quelques minutes pour réussir son pari… Que dire d’un burnout qui nous soumet durant des mois et des mois à cette sensation d’impuissance…

Dépression VS impuissance acquise

Ce phénomène engendre des symptômes particulièrement semblables à ceux d’une dépression. Or sa cause est différente et elle se soigne donc différemment. Si des anti-dépresseurs peuvent probablement aider, le plus important est de retrouver du pouvoir sur notre vie.

Voyons de plus près les trois grandes caractéristiques de la résignation acquise et tentons de faire des liens avec les sentiments ressentis lors d’un burnout :

  • Le sentiment de permanence : les symptômes liés au burnout sont handicapants et la convalescence prend énormément de temps. Au fur et à mesure du temps qui passe, il devient de plus en plus difficile d’estimer que ce n’est qu’une question de temps et de patience. Le sentiment de permanence prend alors le dessus : nous sommes impuissants, ce sera toujours comme ça, ça ne reviendra jamais, nous ne pourrons plus jamais faire ceci ou cela… Il est important de lutter contre ce sentiment en prenant conscience de l’usage de mots tels que rien, toujours, jamais,… Si nous croyons par exemple que nous ne pouvons RIEN faire, il faut se demander : « Ne puis-je absolument RIEN faire ? ». Il faut utiliser au maximum des phrases qui ne nous renferment pas dans une certaine intemporalité. Nous pouvons par exemple veiller à toujours ajouter « pour le moment » en parlant de nos limites : pour le moment, je ne suis pas capable d’aller au restau. 
  • La victimisation : je n’ai pas le choix, je ne peux rien y faire, ce n’est pas de ma faute… sont toutes des phrases qui nous déresponsabilisent face au burnout. Nous le savons, le burnout est souvent précédé d’une longue période de harcèlement ou encore d’une surcharge de travail ingérable. Beaucoup ont du coup du mal avec la notion de responsabilité et ça se comprend amplement. Pourtant, nous ne pouvons retrouver du pouvoir sur notre vie si nous nous déresponsabilisons de ce qui nous arrive. Penser que le problème vient d’éléments extérieurs, c’est nous condamner à être impuissants et à subir notre vie. Ce n’est pas de notre faute, certes, mais nous avons toujours du pouvoir sur notre situation.
  • Sentiment d’envahissement : le burnout a des conséquences sur tous les secteurs de notre vie (professionnelle, sociale, familiale,…). Nous nous devons encore une fois de relativiser ce sentiment. J’avais par exemple l’impression déprimante de ne plus être capable d’être une maman. Mais cette impression découlait de l’image que je me faisais d’une « bonne mère ». Aujourd’hui, je n’ai plus l’impression d’avoir perdu mon rôle de maman, j’ai juste dû changer la vision que je me faisais de ce rôle et l’adapter à ma nouvelle situation. Et vous savez quoi ? Mes enfants se portent très bien !      

Miracle burnout

A nous donc de tout faire pour nous sentir à nouveau maître de notre vie. C’est suite à ce constat que le miracle burnout est né. Celui-ci permet de se focaliser sur les progrès tout en acceptant les limites du moment. Se sentir capable de relever un défi, aussi mince soit-il, donne du pouvoir et augmente l’estime de soi. Je pense que nous en avons grandement besoin !

Objectifs s.m.a.r.t

Pour se fixer de bons objectifs, nous pouvons nous baser sur les objectifs S.M.A.R.T bien connus dans le milieu du marketing.

Source : godardmarie.com

C’est de cette façon que j’ai réussi à sortir de ma résignation quant à mes heures de sommeil. Ces derniers mois, le burnout avait commencé à avoir un énorme impact sur mon rythme biologique et je n’étais plus capable de me lever tôt. Je pouvais le dire en boucle : moi qui détestais les grasses matinées, me voici incapable de sortir de mon lit avant midi. Ce n’était pas de ma faute, je n’y pouvais rien et ça ne changerait plus. J’étais résignée et passive, je subissais un sors contre lequel je ne pouvais rien. De toute façon, plus je lutte, plus je m’enfonce ! Pour retrouver du pouvoir sur mon sommeil, je me suis donc lancé un objectif SMART :

  • Simple : se lever plus tôt
  • Mesurable : l’heure
  • Atteignable (tenir compte de nos limites internes) : un objectif trop élevé engendre du découragement et du stress. Il faut donc accepté ses limites du moment tout en se fixant un objectif suffisamment élevé que pour ressentir le goût du challenge et la fierté d’y arriver. Je n’allais par exemple pas mettre mon réveil à sept heures du matin alors que je me levais péniblement vers midi. J’ai décidé de diminuer mon réveil d’une demi-heure à chaque fois que je m’étais habitué à la nouvelle heure.   
  • Réaliste : ce critère-ci tient compte des éléments extérieurs qui sont hors de notre contrôle. Si je n’ai par exemple pas les moyens de m’acheter un réveil, mon objectif deviendra difficilement réalisable.
  • Temps précis : le burnout exige une énorme écoute du corps. Je n’ai donc pas voulu me mettre trop la pression. Je me suis cependant fixée une limite afin de ne pas remettre encore et toujours l’effort au lendemain : diminuer l’heure du réveil au moins une fois par semaine.
  • Résultat : trois semaines plus tard, j’arrivais à me lever tous les jours vers 7h, avant que mon réveil ne sonne. Depuis, je ne cesse de me fixer des petits objectifs et je me sens de jour en jour moins impuissante face à cette maladie.

Conclusion

Oui, le burnout demande une énorme écoute du corps. Mais il faut être vigilant afin de ne pas tomber dans l’impuissance acquise. Le miracle burnout permet de se focaliser sur le positif, d’accepter les limites du moment et de se fixer des petits objectifs quotidiens pour retrouver confiance et pouvoir. Est-ce une baguette magique ? Malheureusement pas. Réagir positivement aux embouteillages ne va pas diminuer le nombre de voiture sur la route… Mais elle permettra de passer une heure à papoter et à rire avec les enfants au lieu de s’énerver, klaxonner et zigzaguer afin de gagner quelques minutes. La situation de base reste inchangée mais nous avons toujours la possibilité de rendre notre situation un peu plus facile à vivre. Ne sous-estimons jamais le pouvoir du mental !  

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je n’en fais jamais rien à moitié.

Une réflexion sur « L’impuissance tu désapprendras »

  1. Petite précision : ceci n’est pas un article scientifique, je simplifie donc à l’excès. L’impuissance apprise peut amener une dépression profonde et peut même être une des causes d’un burnout… 😉
    Hp-dysjonctée

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