Mais lisez des romans bon sang !

Aujourd’hui est un grand jour. Aujourd’hui est le premier jour de ma guérison…

Tout a commencé à ma séance mensuelle chez la psychiatre. Ayant tout juste terminé « les quatre accords Toltèques », j’avais hâte de lui faire part de ma motivation à devenir MOI. Mais je fus bien vite refroidie : à peine avais-je terminé de dire le titre du livre, qu’elle s’exclama « Mais cessez de lire ce genre de livres ! Lisez des romans, bon sang ! ». Je sentis ce qui m’animait s’éteindre à nouveau, laissant place à l’incompréhension : « Des romans ? Mais je n’aime pas les romans ?! »

Je suis de plus en plus convaincue que mon burnout est bel et bien une tentative du corps pour ME sauver. MOI, cette petite personne enfouie tout au fond de moi et qui n’ose s’exprimer par peur d’être rejetée. Car les conversations qui me passionnent sont souvent vécues par les autres comme ennuyeuses, mes convictions dérangeantes, mes réactions démesurées… Alors, petit à petit, on se contrôle, on s’efface, on s’oublie… à un âge tellement jeune qu’on n’en perd tout souvenir. On ne s’en rend même pas compte. D’ailleurs, j’ai toujours estimé être un livre ouvert : je me sens profondément entière, trop vraie même car c’est une vulnérabilité contre laquelle je n’ai pas réussi à me construire d’armes. Non, on ne s’en rend pas vraiment compte… On se retrouve juste avec un petit bout de soi qui se meurt dans le silence.

Tout ceci ne devient un problème qu’une fois que cette part de nous-même décide soudainement de se manifester. Parce que le clivage faux self – vrai soi devient de plus en plus profond et amène à tant de contradictions dans notre for intérieur qu’on ne peut plus le nier. Comme le dit si bien Don Miguel Ruiz, on s’épuise à tenir nos accords. Mais soudain, le corps le refuse… Le corps est épuisé… Le corps veutguérir… Le corps fait grève…

Paradoxalement, dans notre société occidentale, c’est exactement à ce moment-là – le moment précieux où le corps fait le choix de rentrer dans un processus de guérison -qu’on va estimer la personne malade. Nous  voulons à tout prix éradiquer les émotions négatives et la souffrance sans réaliser que ce sont eux qui sont à la source de changements profonds. Régler nos conflits intérieurs, vivre à un rythme plus lent, se confronter au silence… Toutes des choses que le burnout et la dépression nous imposent et que les médecins vont essayer de contrôler en nous prescrivant des anesthésiants en tout genre.

J’ai ma boîte de médicaments en main. Ma psychiatre a décidé de l’augmenter pour la quatrième fois. J’avais tenu bon huit mois sans anti-dépresseurs, suffisamment déterminée que pour encaisser des angoisses sévères. Mais la chute vertigineusede mon poids m’avait fait céder et j’avais fini par accepter une dose minime de quinze mg… Dose augmentée systématiquement depuis lors.  Me voici donc censé passer à 80 mg avec lasensation désagréable d’être prise dans un cercle vicieux… Je ne voulais pas de ces médicaments ! 

Je ne veux plus vivre de tiédeurs, je veux les froids et les brûlures. Je ne veux plus qu’on me vole mes douleurs, je veux ressentir. Je veux VIVRE ! Un an de souffrances m’a permis d’atteindre cette vérité : Je suis en burnout car je n’arrive pas à être moi mais la première chose qui ne m’appartiens absolument pas est ma guérison. Je me contente de suivre la route toute tracée. Mais comment pourrais-je guérir si je ne suis même pas capable d’en assumer ma vision ?

La plaquette de médicament en main, je sens une sensation nouvelle envahir tout mon corps : la force de MES propres convictions. Non, je n’augmenterai pas la dose de ce médicament. Au contraire, je vais la diminuer. Je veux renforcer mes pensées, faire un p’tit voyage initiatique, accepter ce silence qui s’impose à moi, y voir un réel bienfait, sortir de ma zone de confort… Je veux prendre ma guérison en main.

Je sais que j’ai développé, comme souvent, une vision atypique du burnout. Mais elle me parle ! Je ne dis pas que j’ai raison, la vérité n’existe pas à mes yeux. Tout n’est finalement qu’interprétation. L’important est de trouver une vérité qui nous anime, une interprétation qui nous amène à bouger… à guérir. Et ma vérité,celle qui me parle au plus profond de moi-même, c’est celle-ci. La vie est un rêve dont on est le réalisateur. Alors créons notre propre rêve ! Soyons maître de notre guérison.

Vais-je y arriver ? Je ne sais pas. Ai-je raison ? Loin de moi l’audace d’affirmer cela ! Mais une chose est certaine : aujourd’hui est un grand jour car j’ai enfin choisi, non pas ma destination, mais ma route. Car ne l’oublions pas : le bonheur est un voyage et non une destination. C’est pendant le trajet qu’on doit réussir à profiter du paysage. Accrochons-nous à tous les petits bonheurs de la vie car ce sont tous ces instants magiques qui nous permettrons d’aller mieux et de raviver la flamme en nous.

Mon miracle burnout peut commencer ! 😊


Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je n’en fais jamais rien à moitié.

6 réflexions sur « Mais lisez des romans bon sang ! »

  1. Bonjour,
    Merci pour tes textes qui mettent des mots sur ce que beaucoup vivent en silence et dans la honte. Ce partage est essentiel car cette maladie est tellement intime et profonde qu’il est bien difficile de la comprendre sans la vivre.
    J’ai pratiquement la même vision que toi sur le burn out. Le mien a été diagnostiqué il y a deux ans, il s’est officiellement terminé en juin mais, c’est seulement, depuis 1 mois ou 2 que je me sens réellement revenir à moi. J’ai eu la chance de ne pas tomber sur des médecins qui voulaient « endormir » mes sensations et j’ai entamé ce chemin à l’écoute de toutes les parties de moi, ce voyage de guérison / co-naissance. Les 4 accordes toltèques ont été fondamentaux dans la reconstruction de la relation à moi-même et ensuite aux autres. Aujourd’hui, je n’ai plus l’impression de subir les intrusions du monde mais d’y répondre avec calme et de m’autoriser à faire comme je le sens. Je peux écouter mon énergie au lieu de lutter avec elle. Cette maladie est indéniablement pour moi, un parcours initiatique, un éveil spontané du corps pour nous sauver la vie, la vraie. Certes, c’est extrêmement inconfortable mais je crois qu’au bout du compte, il y a un cadeau. Si ça t’intéresse, j’ai écrit deux textes sur le sujet : un sur le moment où mon corps a décidé d’arrêter d’avancer et l’autre lors de ma rupture avec mon employeur.
    Je te souhaite le meilleur dans ton chemin de guérison.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour, merci pour ce témoignage que j’ai vraimét pris plaisir à lire. Étant encore bien à fond dans le burnout, ça rassure de lire des personnes qui ont la même vision du burnout et qui en sont sorties. Merci 💕 Tes textes m’intéressent, oui bien sûr ! Je prendrais beaucoup de plaisir à les lire. 😊

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