La peur de la solitude

Chaque été, nous partons une semaine en vacances avec ma belle-famille. Si je vous en parle, c’est parce que cette semaine annuelle vient de se terminer. Ce fut une semaine globalement paisible et agréable. Malgré tout, je sentais de jours en jours ma fatigue cérébrale s’accentuer. Je garde un énorme besoin de solitude mais nous étions vingt et trouver un coin où s’isoler était mission impossible.

Nous étions arrivés le vendredi et dès le lundi, je commençais à éprouver des difficultés à filtrer les bruits, à trouver mes mots et à gérer mes nerfs. Je suis arrivée à prendre sur moi encore deux jours mais, dès le réveil du mercredi matin, je compris que j’avais puisé trop loin dans mes réserves. Mâchoire bloquée, torticolis, dos douloureux de haut en bas, le moindre bruit fit écho dans ma tête et me donnait envie d’agresser toute personne qui se risquait de m’adresser la parole sans raison valable. Mon six ans, qui semble posséder un radar à burnout, me demanda, inquiet dès le premier regard jeté sur moi : « ça va, maman ? Tu as les yeux de quand t’as mal de tête ». Je le rassure et essaie encore tant bien que mal de faire bonne figure au milieu de toute cette animation inévitable lorsqu’on déjeune à vingt.

Mon mari a lui aussi le don de s’en rendre immédiatement compte lorsque « j’exagère ». Souvent bien avant moi d’ailleurs mais le pauvre homme se fait remballer aussi sec s’il essaie de m’avertir. C’est ce qui se passât ce jour là. Au programme, après-midi plage. Pourquoi ne pas en profiter pour rester sagement dans la belle maison de vacances en solitaire ? C’est la proposition que j’ai immédiatement déclinée avec mon éternel « Non, ça va, je gère. » La vérité c’est que je ne gère absolument rien mais que je suis incapable de faire le choix de rester seule. Certainement que la culpabilité est encore hautement présente en moi et m’empêche d’affirmer haut et fort que je préfère rester seule plutôt que de profiter toute une après-midi de mes enfants, de mon mari et de la famille.

Le besoin de solitude est certainement un de mes besoins profonds que j’ai le plus ignoré. Pourtant, je prenais plaisir depuis quelques années à rester seule à la maison pendant que mon mari allait passer une journée de congé dans sa famille avec les enfants. Mais je m’arrangeais inconsciemment pour ne jamais, je dis bien jamais, être seule avec mes propres pensées. Nous faisons beaucoup de choses sans réfléchir à ce qui se cache derrière et en voici un bon exemple : pourquoi diable ne puis-je rester seule sans allumer la télé ou me tuer à la tâche ? C’est une question que je ne me serais toujours pas posée, je pense, si le burnout n’avait pas croisé ma route et ne m’avait pas fait prendre conscience de tout ceci assez brutalement au début de ma maladie…

Cela faisait environ un mois que j’étais en burnout et j’avais jusque là trouvé mille excuses pour continuer à pointer le bout de mon nez au boulot. Mon attitude ne m’aidait pas et je continuais clairement à m’enfoncer dans la maladie. J’étais épuisée mais je m’accrochais à mon travail comme si ma vie en dépendait. Un jour, ma directrice m’a demandé de ne plus venir, m’expliquant que pour mon bien-être je devais couper momentanément tout contact avec mon lieu de travail. Et ce jour là…je fis ma toute première grosse crise d’angoisse. Plus de boulot et donc plus de préparations ni corrections, un corps qui refusait de tenir debout pour faire par exemple le ménage, un cerveau qui ne me permettait ni de lire, ni de surfer, ni de regarder la télé ou encore téléphoner pour papoter avec une amie… J’étais seule avec moi-même. L’angoisse totale. Jusqu’à ce jour là, tout était clair dans ma tête. Si je travaillais systématiquement pour mon boulot quand j’étais seule, c’était pour avancer, tout simplement. Et j’allumais la télé ou je téléphonais à une amie pendant mes « pauses ménage » (j’avais l’habitude de faire le ménage quand je saturais) pour que ce soit plus agréable. C’est fou, j’avais mis en place un système de défense contre la multitude de pensées qui m’envahit constamment sans même avoir conscience du problème. Et là, soudain, mon corps se mit en alerte comme s’il l’avait toujours su : comment vais-je canaliser mes pensées et mes angoisses si j’ai autant de temps pour… réfléchir !

Ce fut donc le premier défi lancé par mon maître BO : canaliser mes pensées sans pouvoir fuir de quelque manière que ce soit. Et comprendre pourquoi la solitude me faisait si peur (être seule tu apprecieras). Après dix mois de burnout et l’aide d’un anti-dépresseur, je commençais enfin à apprécier les moments de solitude et à avoir conscience que c’est un véritable besoin. La culpabilité m’empêchait cependant de faire le choix de rester seule pour une autre raison que mon fameux « je dois avancer ». Je me retrouvai donc à la plage un mercredi après-midi en famille. Et sachez que, comble de la défaite, j’ai horreur de la plage.

Le lendemain, ma meilleure amie qui logeait aussi à la mer me téléphona et me proposa de manger un bout ensemble. Elle rentrait le soir même chez elle… non loin de chez moi. Et là, soudain, le besoin d’être seule pris le dessus. Sur un coup d’impulsivité totale, j’ai demandé à mon amie si elle pouvait me déposer chez moi. Mon sac fut fait en deux minutes top chrono. Je rentrai seule, un jour plus tôt que les autres. Dans la voiture, la culpabilité m’envahit mais je la chasse bien vite de mon esprit.

Je savoure cette victoire qui est monumentale à mes yeux : j’ai fait le choix de rester seule et je l’ai assumée devant toute la famille. Et pour fêter cette victoire, quoi de mieux qu’un resto en solitaire. Oui, oui, je l’ai fait et j’en suis fière !

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La leçon de maître BO : être seul(e) tu apprécieras (https://hp-out.com/2018/09/08/etre-seule-tu-apprecieras/)

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je n’en fais jamais rien à moitié.

2 réflexions sur « La peur de la solitude »

    1. Oui, alors que rien ne me faisait plus peur que la solitude, aujourd’hui c’est un besoin vital retrouvé… pas encore tout à fait accepté, j’ai encore bien souvent l’impression de le’ subir, mais le bien-être que ça m’apporte me force doucement à changer.

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