Te victimiser tu refuseras

Neuf mois… Neuf mois que je suis en burn out. Il y a un mois, je passais des tests dans une clinique du stress. La journée étant ponctuée de longues attentes entre deux examens cliniques, j’en profitai pour bavarder avec une autre patiente. Celle-ci me posa une question à laquelle je répondis spontanément un « non » catégorique : « allez-vous déjà un peu mieux ? » Pour ma défense, je venais de subir une rechute énorme. Malgré tout, l’impulsivité de ma réponse me surprit moi-même. Et je pris un instant pour essayer de me rappeler les premiers mois de burn-out. Oui, clairement, je vais déjà mieux. Je ne retravaille toujours pas, non, mais je vais mieux !

Il faut bien l’admettre, souvent, j’ai l’impression de stagner. Ou du moins, je reste sensible aux sentiments extrêmes : je me sens guérie ou malade. Il n’y a pas d’entre-deux à mes yeux. Quand je rechute, je me sens « propulsée à la case zéro ». Mon « non » catégorique me fit prendre conscience que cette sensation de ne pas aller mieux était une belle forme de victimisation : regardez-moi, pauvre malade, qui fais tout pour guérir mais qui ne vais toujours pas mieux. En y réfléchissant bien, je me victimise même dans les bons jours : regardez-moi, pauvre femme guérit, qu’on ne laisse pas retravailler. Comment cesser cette victimisation ? La solution me sauta aux yeux : faire un bilan régulier afin d’entrevoir plus facilement mes progrès. Avoir conscience du chemin parcouru me permettra probablement aussi d’admettre plus facilement que je ne peux absolument pas prendre le risque de recommencer trop tôt.

Neuf mois donc… Neuf mois que je suis en BO. Le temps nécessaire pour créer un petit être. N’est-ce pas le moment idéal pour faire le point ?

J’ai commencé par prendre le temps de relire mes premiers écrits afin de me rappeler le début de ma maladie. J’étais en état grippal , incapable de faire quoi que ce soit, une hypertonie sévère des muscles m’empêchait même de soulever les bras. J’étais une zombie sur pattes. Et je faisais peur, vraiment peur. Tout en ayant moi-même aucune conscience de mon état. J’étais perdue, désespérément à la recherche d’une personne qui pourrait m’aider à comprendre car je n’y comprenais moi-même absolument rien. Ce n’est pas pour rien que j’ai remercié ma psy de m’avoir « tenue en vie » plusieurs mois. J’étais au fond du gouffre, tellement en colère contre ce corps qui ne voulait plus m’écouter. Vint ensuite, des mois durant, un cercle vicieux intenable : s’acharner à nier la maladie dès que je tenais à nouveau debout et, évidemment, rechuter de plus belle à chaque fois. Chaque rechute renforçait ma crise identitaire, cassait mon amour propre, me faisait perdre encore quelques kilos précieux et augmentait mon sentiment de perdre le contrôle absolu sur ma vie. Mais petit à petit, à force de tomber encore et encore, j’apprends à écouter mon corps. Je commence dorénavant à être sensible aux premiers signes d’épuisement de celui-ci et j’essaie de doser mes efforts. Cela reste un apprentissage de tous les jours mais je sais à présent que derrière chaque rechute se cache une leçon pour aller « encore mieux ». À partir de cet état d’esprit, le processus de guérison peut doucement commencer.

Aujourd’hui, ma force physique se renforce de jour en jour. Je tiens quasiment toute une journée. Je me lève un peu plus tard qu’avant ma maladie, me couche un peu plus tôt, souvent je ressens le besoin de m’allonger un peu durant la journée mais, ne soyons pas négatif, mon énergie corporelle se renforce de jour en jour et ne pose plus tellement de problèmes à condition de m’écouter et de ne pas en faire trop. Je fuis toujours les lieux où il y a beaucoup d’animation, beaucoup de monde et/ou beaucoup de bruit. Si je tire un peu plus sur la corde, en acceptant par exemple un dîner entre amis qui se termine tard, je vais obligatoirement devoir me reposer dormir toute la journée du lendemain. Mais je l’accepte et, finalement, tout ou presque n’est qu’une question d’acceptation.

Mon cerveau reste mon gros point noir. Concentration, mémoire,… Le moindre bruit de fond et je ne sais plus aligner une phrase. Mais je l’entraîne tous les jours en lisant, en jouant à un jeu de société avec les enfants,… J’ai découvert avec joie les grilles de logimage,… Et là aussi, il est temps de cesser de me victimiser. Oui, mon cerveau reste mon gros point noir mais cela ne veut pas dire que je ne progresse pas. J’étais incapable de lire ne serait-ce que cinq minutes. Aujourd’hui, j’y arrive une petite heure quand tout va bien, à condition d’être au calme. AU CALME… C’est à force de rechutes que j’ai appris à cesser de me faire du tort en voulant faire plusieurs choses à la fois tel que m’occuper des enfants tout en lisant. Oui, je suis à nouveau capable de lire MAIS je dois respecter mon cerveau en cessant de lui imposer ce genre d’activités dans une ambiance qui ne s’y prête pas.

Cette petite prise de conscience m’amène à mon plus grand progrès : mon état d’esprit. Je viens de loin, de très loin. Il est difficile d’expliquer les dégâts psychologiques liés à un burn-out. J’ai eu l’impression de perdre tout ce qui me définissait. Aujourd’hui, les médecins me disent que « mes stratégies d’adaptation au stress sont hautement défaillantes ». Mais inconsciemment, ces stratégies correspondent à des croyances/valeurs profondes intériorisées depuis longtemps (il faut faire ceci, il faut être comme ça). Toutes mes certitudes, ma vision de la vie et du bonheur furent remises en question. La crise identitaire fut totale et même traumatique. Comment allais-je encore un jour me faire confiance, faire confiance à mon corps qui m’a lâchement abandonné, à mes valeurs et à mes traits de caractère qui, semble-t-il, m’ont aidée à plonger tête baissée dans cette maladie ?

Tout ce qui touche au positivisme, par exemple, me hérissait profondément alors que cela faisait partie de mes grandes valeurs avant de tomber malade. Pédagogie positive en classe, éducation positive à la maison,… Mon ancien moi, positive dans l’âme, était devenu mon bouc émissaire. Mon mari, encore plus positif que moi, en a pris pour son grade, lui aussi. Je me braquais sur lui dès qu’il relativisait un fait, l’accusant d’être LÀ cause de mon burn-out : « regarde où j’en suis à force de relativiser et toi, TOI, tu continues ?! »  

Aujourd’hui, j’ai conscience que le burn-out n’a jamais qu’une seule cause. Le positivisme ne m’a absolument pas mis à terre. Mon obstination à refouler toute émotion négative, oui ! Mais c’est une raison parmi tant d’autres. Et vu qu’on joue la carte de l’honnêteté pour fêter mes neuf mois de maladie, je me dois d’avouer que j’appliquais inconsciemment mais farouchement l’expression « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». J’aime être positive avec mon entourage, j’aime apprendre à mes enfants et à mes élèves d’être indulgents avec eux-mêmes, j’aime prêcher qu’on arrive bien plus loin en ce concentrant sur nos forces et non sur nos faiblesses, qu’on ne sait apprendre qu’en acceptant de se tromper. MAIS je n’applique absolument pas ces bons conseils à moi-même. J’en ai dorénavant conscience et c’est un des points que je travaille en thérapie : l’estime de soi.  En attendant, je me réconcilie avec le positivisme qui fait à nouveau partie intégrante de mes valeurs. En d’autres termes, je retrouve doucement mon identité.

C’est fou comme, parfois, il suffit d’un évènement, d’un choix ou même simplement d’une phrase qui résonne en nous, pour avoir enfin un déclic. Chez moi, ce fut le choix de changer de psychiatre. Mon ancien psychiatre ne fit que me dire que je devais CHANGER pour guérir. Il n’avait pas tort dans ce qu’il pointait du doigt : ma manie de fuir le moindre conflit, mon incapacité à m’affirmer, mon fonctionnement tout ou rien… Mais il me donna l’impression de devoir changer du tout au tout et cela me semblait tellement impossible que j’en perdais tout espoir. Ma nouvelle psychiatre eut tout de suite un autre discours : « on ne vous changera pas, on va juste vous apprendre à trouver un équilibre dans votre fonctionnement propre ». Et soudain, tout sembla possible… Le pouvoir du mental !

Je ne suis malgré tout pas prête de reprendre mon métier et je l’admets difficilement. C’est un point que je travaille aussi en thérapie : l’importance que je mets dans la reprise du boulot, comme si c’était le plus important de tout. Ai-je envie de retravailler coûte que coûte ou est-ce plutôt le besoin de me détacher de l’image de celle qui ne travaille pas ? Je n’ai pas de réelle réponse mais je suppose que c’est un peu des deux. Quoi qu’il en soi, j’apprends à me détacher de ce métier que j’aime tant et à profiter de ce que le présent m’offre. J’apprends à voir du positif dans ce burn-out. Je sens que je deviens mentalement plus forte, que je profite différemment de la vie et que je suis plus en harmonie avec moi-même. Bon, n’exagérons rien, disons plutôt que je tends impatiemment vers ce nouveau moi 😉

Tout ceci est encore bancal, j’en ai conscience. Mais écrire ce billet me rend forte de mes progrès. Je ressens aussi un plaisir inouï d’être à nouveau capable d’écrire, activité que j’ai dû mettre de côté ces deux derniers mois. Je reste aussi attentive aux pièges dans lesquels je tombe si facilement… mais ça, ce sera l’objet d’un autre billet. Aujourd’hui, j’ai simplement envie de vous dire de prendre le temps, de temps en temps, de faire le point sur votre état actuel et passé afin d’être fort de vos progrès, aussi minimes soient-ils. C’est une façon de se dire à soi-même : « courage, tu vas y arriver ! ».

 

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je n’en fais jamais rien à moitié.

4 réflexions sur « Te victimiser tu refuseras »

  1. Beaucoup d’émotions à la lecture de ton histoire. Je crois que tu es bien plus forte que tu le penses. J’imagine que la chute doit être douloureuse et l’image qu’on peut renvoyer à ce moment là nous fait beaucoup de tort. En fait, c’est plutôt le fait de prêter attention à cette image qui nous fait du tort. Attention, je comprends… Vraiment. Je te remercie pour ce billet parce que je me retrouve en certains points. Je ne suis pas en burn-out mais je crois que je pourrais facilement plonger dedans. Je ne cesse de me dévaloriser, de vouloir faire plus, de n’accepter aucun échec. Je vis très mal toute erreur de parcours et je passe ma vie à stresser en allant jusqu’aux larmes. C’est pourquoi j’essaye d’évoluer et je t’invite à visiter mon blog. Je crois que nos histoires sont différentes mais pour autant on y retrouve des similitudes comme le manque de confiance en soi. En tout cas je t’encourage à poursuivre, prend le temps, vas-y par étape et écoute les professionnels qui t’accompagnent. Je te souhaite d’en sortir plus forte et surtout plus HEUREUSE! Bonne continuation!

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    1. Merci afleurderose. Je vais bien entendu aller visiter ton blog car moi aussi je me reconnais dans ce que tu m’écrits. Et tu as tout à fait raison, c’est le fait de prêter attention à cette image qui est néfaste. Merci à toi pour ce retour bienveillant ❤

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  2. Coucou il faut laisser le temps au temps . Je sais de quoi je parle. Cela fait 2 ans que je suis arrêtée et j’ai appris à relativiser, à écouter mon corps, à ne plus culpabiliser, à traverser des hauts et des bas. Surtout à prendre du temps pour moi, à dormir si j’en ai fait trop la veille…courage, tu verras le bout du tunnel en temps voulu. Bisous Bénédicte

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