Tu avais l’air si heureuse…

« Tu avais l’air si heureuse pourtant ! »…

C’est le cri du cœur que je reçois le plus à entendre depuis que je suis en burn-out. Moi qui avais l’air si heureuse mais qui ai, semble-t-il, juste feint de l’être, ou en tout cas, ne le suis plus. En un claquement de doigts, sans me demander mon avis, on lie ma maladie au malheur. On me retire le droit d’être heureuse. On s’interroge même sur les raisons de ce faux bonheur : « tu as l’air bien pourtant avec ton mari ! », « Tes enfants ont l’air si chouettes ! », « Je pensais que tu aimais ton métier, c’est fou ! ». Et je dois bien avouer que j’ai difficile à encaisser cette vision du bonheur. Car être heureuse fait partie de moi.

J’ai toujours eu l’impression d’avoir un don naturel pour le bonheur. Depuis que je suis toute petite, mon modèle, c’est Max. Mais oui, Max, vous le connaissez aussi ! Max, dans la chanson d’Hervé Cristiani :

« Il met de la magie, mine de rien, dans tout ce qu´il fait

Il a le sourire facile, même pour les imbéciles

Il s´amuse bien, il n´tombe jamais dans les pièges

Il n´se laisse pas étourdir par les néons des manèges

(…)

Il r’garde autour de lui avec les yeux de l’amour

Avant qu’ t’aies rien pu dire, il t’aime déjà au départ

Il fait pas de bruit, il joue pas du tambour

Mais la statue de marbre lui sourit dans la cour

Il est libre Max, il est libre Max !

Y´en a même qui disent qu´ils l´ont vu voler »

J’adorais cette chanson. J’avais des ailes quand je la chantais car j’étais intimement convaincue que cette chanson, c’était moi. J’étais Max… libre Max. Max qui se contente des petits bonheurs sans en demander trop. Max qui voit ce qu’il a et non pas ce qu’il pourrait avoir. Max qui sourit tout le temps. Max qui aime tout le monde. Max qui aime rêver, liberté absolue de l’esprit qui lui permet même de voler. Et même des décennies plus tard, la philosophie de Max ne me laisse pas insensible.

J’ai gardé un côté très enfant. Je continue à m’émerveiller pour toutes les petites choses de la vie.  Je m’arrête sur mon chemin pour mettre les escargots à l’abri des pas humains. Je m’amuse à deviner des dessins dans les nuages. Je ne sais pas me tracasser pour des petits dégâts matériaux tels une bosse dans la voiture ou les enfants qui ramènent plein de boue dans la maison. Je ressens, à tout moment, l’infinitude de ce monde et la chance inouïe que représente la vie. J’ai conscience qu’on a besoin de la pluie pour abreuver la terre… et que c’est grâce à elle qu’on se réjouit du soleil. Il n’y a pas de positif sans une ombre négative, il n’y a pas de négatif sans une lueur de positif. L’un ne va pas sans l’autre, ils forment un équilibre parfait.

Naturellement heureuse donc… mais en burn-out. Et au fil du temps, je prends conscience que ces deux termes ne vont pas ensemble aux yeux des autres. Être en burn-out, c’est avouer ne pas être heureux. Je fini par en douter moi-même… suis-je heureuse ? La philosophie de Max n’est-elle pas un leurre ?

Peut-être bien que j’ai un peu abusé de cette philosophie et que je me suis épuisée à ne jamais cesser d’être reconnaissante face à la vie. Peut-être bien que j’ai tellement conscience de ma chance que j’ai un besoin constant de venir en aide aux autres qui me semblent toujours en avoir moins. Je peux avoir mes enfants qui courent et hurlent dans la maison, et me soucier profondément de cette amie fatiguée par son premier. Je peux être fracassée par la maladie mais proposer mon aide sincère à une personne qui a l’orteil cassé. Je ne peux me donner le droit de râler sur le bruit des enfants, sans culpabiliser pour ceux qui subissent la solitude. Vous me suivez ? Je relativise les problèmes de ma petite vie égocentrique, mais pas ceux des autres. Je me sens constamment redevable à la terre entière d’être à l’abri du besoin, d’être aimé, de faire un métier que j’aime, d’avoir des parents présents, un mari formidable, des enfants pétillants,… Une philosophie du bonheur liée intrinsèquement à ma phobie du véritable malheur.

Peut-être que cette philosophie du bonheur de la vie camoufle en vain une incapacité à surmonter le malheur du monde. Je perds le sens du bonheur lorsque je me sens impuissante, lorsque ma conscience fait face à la guerre, aux enfants qui souffrent, à la mort… J’en perds même le sentiment d’avoir le droit au bonheur. Tant de personnes associent le bonheur au mérite. Mais peut-on vraiment se cacher derrière la fierté de nos actes ? Peut-on vraiment ignorer l’influence de l’ici et maintenant de notre naissance ? L’influence de notre entourage, de nos gênes, de notre culture, de notre passé, de nos blessures profondes, … ? En a-t-on vraiment le droit ?

Aujourd’hui, le soleil brille. Je me suis un peu mise dans le jardin car j’ai la chance d’en avoir un. J’ai profité du temps qui m’était offert car j’ai la chance d’avoir une famille aimante qui prend mes enfants en charge quand c’est possible. J’ai profité de la sérénité de mon environnement car j’ai la chance de ne pas vivre au milieu des bombardements. J’ai envoyé un mot d’amour à mon mari car j’ai la chance qu’il ne me juge pas et qu’il va me féliciter de profiter du jardin au lieu de m’inciter à ranger cette fichue cuisine. Je berce ma maladie car j’ai la chance d’avoir l’espoir d’une guérison et non pas la crainte d’une issue fatale. Je profite de mon bonheur, acceptant la tempête qui s’abat sur mon paradis bien protégé. Ne vous inquiétez pas, je suis heureuse ! Et vous ?

 

8 réflexions sur « Tu avais l’air si heureuse… »

  1. Être hypersensible et devoir accepter ce qui pour nous est juste inacceptable comme la famine, les guerres, les conflits, la violence et j’en passe et je crois la chose la plus difficile à faire.
    Je crois que j’ai arrêté d’y pensé pour arrêter d’avoir mal. Y pensé me brise le cœur, surtout de voir que les humais sont égotistes, et ne font rien et tellement peu, se sentant si peu concerné, préférant pensait à eux et leur petit bonheur perso.
    Alors je fais à mon échelle, avec mes moyens : un petit sou au sdf (ou une boisson et un sandwich), mon petit recyclage, le don de mes affaires en trop à des associations de dons, quelques meuble acheté en ressourcerie, un futur petit potager sur mon balcon, mes petits déplacement en vélo, etc.
    A notre échelle on peut déjà faire et avoir un impact autour de nous. On pourra pas arrêter les guerres, la famine et les conflits mais on peut éviter d’y contribuer, pense-y, à ton échelle, avec tes petits moyens ;).

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  2. C’est rès beau ce qu e tu écris et je m’y suis soivent retrouvé, comme ici :
    J’ai gardé un côté très enfant. Je continue à m’émerveiller pour toutes les petites choses de la vie. Je m’arrête sur mon chemin pour mettre les escargots à l’abri des pas humains »…
    On ne pense jamais à se mettre à l’abri de la pluie qui commence à tobeau et heureus de se sentir vivant on laisse les gouttes nous éclabousser.
    J’ai eu ce mal là presque coupable je me sentais de l’avoir laissé m’atteindre.
    C’était il y a quasiment 11 ans et je me suis vu partir enfermé dans un corps qui ne me répondait plus tandis que mon esprit se rassemblait pour ne pas fondre tel glaçon au soleil.
    Je ne devrais peut-être pas l’écrire et pourtant je le fais, oui, je remercie cette maladie non pas parce qu’elle t’a atteinte, mais bien parce qu’elle ta amené à écrire ce trés bel article que je viens de lire.

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  3. « Etre heureux »…une quête de chaque instant…la quête de chacun, de chacune…ce qui fait de nous des êtres humains…mon chien si affectueux ou toi ton chat qui ronronne ou toi encore ton hamster coquin ou encore ton cheval qui pose la tête sur ton épaule, recherchent-ils le bonheur ou seulement un état de bien-être? Ca veut dire quoi « être heureux »: câliner son enfant avant qu’il s’endorme…préparer la jolie petite table accueillante à son amour qui revient du boulot exténué…vivre des instants magiques en classe…Ne me dites pas qu’il s’agit de brins de joie vite cueillis! Le bonheur, il se cultive chaque jour, chaque minute, même si on a souvent ou parfois l’impression qu’il ne se manifeste que de manière insignifiante… »Etre heureux » n’empêche en rien la maladie, ni le sentiment d’échec. On peut rester profondément »heureux » tout au fond de soi même les jours de questionnement ou de chagrin. Le bonheur, c’est une petite graine logée dans ton âme qui suit tous les battements de ton coeur…que ces battements te fassent vibrer les jours de soleil ou qu’ils se fassent discrets dans le silence…Alors, cueille ce silence même s’il se fait long…

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  4. Bonjour hp dysjonctée, je me retrouve dans tes propos. Je fais parti de ceux pour qui tout à basculé sans raison apparente. Une bonne situation, un métier passionnant, une belle petite famille. Vu de l’extérieur tout va bien, vu de l’intérieur c’est le chaos. Par ma part, il y avait des raisons et j’ai du prendre le temps de les comprendre. Je te souhaite de trouver les tiennes. Bonne route

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