Comment ça va ?

 À toi qui me demande régulièrement comment je vais…

Dois-je t’avouer que tout mon être est dévasté, que « burn-out » rime avec « crise identitaire » et que je ne sais absolument plus qui je suis ?

Dois-je te préciser que mon aspect physique qui te fait si peur ne m’inquiète pas le moins du monde ? Que c’est à l’intérieur que tout se passe… ou que rien ne se passe… ça dépend des jours… des heures… des minutes.

Dois-je te parler de mes démons intérieurs que j’essaie d’apprivoiser, de mes crises d’angoisse qui me coupent du monde et même de moi-même ?

Dois-je admettre que, physiquement, je vais mieux, oui, car j’ai retrouvé 10 % de ma batterie mais que 10% ça part vite et que je n’ai pas toujours facile de m’en contenter.

Dois-je me plaindre ? Te dire à quel point il est difficile de rester une maman quand les batteries sont à zéro, que le mouvement m’angoisse, que le moindre bruit me transperce la tête, qu’écouter quelqu’un me parler me demande le même effort que de faire un tour de piste d’athlétisme, que chaque geste du quotidien me demande plus d’énergie qu’avant alors que j’en ai moins et que je me tue à essayer de gérer chaque journée malgré tout ?

Dois-je laisser tomber l’autodérision et te souffler à quel point ma distraction m’handicape et me fatigue ?  

Dois-je dévoiler mon empathie hors norme, ma naïveté digne d’un enfant de six ans, tout mon fonctionnement à part qui fait que je me sur-adapte tout le temps à ce monde ?

Dois-je te rassurer en précisant que j’avance bien en thérapie, que j’apprends à comprendre ce qui m’est arrivée, à comprendre ce qui « cloche » en moi et que j’y travaille ? Mais mon affirmation d’aujourd’hui est mon déni de demain, les espoirs que je porte camouflent en vain mes angoisses, rien n’est stable, tout est bancale. Dois-je te détailler la thérapie sachant que tu prendras pour vérité absolue ce qui ne sera qu’un questionnement, une hypothèse et que le temps de te l’exprimer, je serai déjà à mille lieues de cette pensée ?

Dois-je préciser que j’ai à peine le temps de me féliciter d’avancer que je recule à nouveau… mais que, finalement, j’avance même quand je recule et que cette conviction est une de mes plus belles avancées.

Dois-je me décrire comme un homard qui a perdu sa carapace[1]? Que tout ce qui m’épuise au quotidien dans mon fonctionnement a pris une telle ampleur que je ne sais plus le nier, ni même le relativiser ? Que je me sens si vulnérable que j’ai besoin de rester caché, de me mettre à l’abri des remarques qui blessent, des questions auxquelles je ne peux m’empêcher de répondre avec trop d’honnêteté, des regards inquiets qui me renvoies une image de moi-même que je déteste ?

Pourras-tu entendre tout ça sans avoir l’impression que je dramatise ou que je frôle la folie ?

Pourras-tu accepter mes longs silences, sachant que ceux-ci me protègent quand ça ne va pas ?

Pourras-tu comprendre que derrière ce mal-être absolu, je me sens bien, en paix avec ce qui m’arrive, consciente qu’il y a tellement pire et soulagé de devoir enfin affronter ce qui m’épuise tant ?

Pourras-tu m’écouter te parler avec mon cœur sans que ta tête me juge ?

Pourras-tu éviter les conseils car ceux-ci me font justement ressentir à quel point ce qui semble facile pour les autres ne l’est pas pour moi ?

Pourras-tu te contenter d’un simple « ça va ? » sans le précéder du mot « comment » qui enlève toute légèreté à la question ?

Pourras-tu me parler de la météo, de tes enfants ou même de la dernière robe que tu as achetée ?

Pourras-tu, s’il te plaît, m’aider à oublier cette maladie un instant ?

HP=DYSjonctée (hp-out.com)

[1] « L’adolescence est un passage difficile mais important à faire pour le jeune. Petit à petit, il doit se transformer pour devenir lui-même : un jeune adulte autonome, épanoui et heureux. Françoise Dolto parle du complexe du homard. Le homard doit changer de peau pour devenir adulte. Quand il perdra sa peau, il sera fragile, proie facile pour les prédateurs. Certains homards agiront en agressant, d’autres en fuyant.» (Haut potentiel, du boulet au cadeau ; Catherine Devreux).

Ne serait-ce pas un peu pareil quand on fait un BO ?

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je n’en fais jamais rien à moitié.

7 réflexions sur « Comment ça va ? »

  1. J’ai connu le burn-out dans ma vie et tes mots m’ont touchée en plein coeur. La bonne nouvelle c’est que, pour moi, il en est sorti tant de bonnes choses et d’abord, me recentrer sur mes essentiels. Bon courage 🙂

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    1. C’est la pensée à laquelle je me raccroche : que c’est un mal pour un bien. Même si en soi, je n’étais pas demandeuse que quoi que ce soit change dans ma vie mais peut-être que j’ignore juste encore le changement qui m’est nécessaire 😉 Merci pour ton témoignage !

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  2. Très touchée par tes mots. J’ai été, il y a douze ans maintenant, cette maman en burn out (au passage, ma fille est un zèbre, comme toi), et depuis… Toujours en reconstruction. Mais, comme tu l’écris si bien, « derrière ce mal-être absolu, je me sens bien, en paix avec ce qui m’arrive, consciente qu’il y a tellement pire et soulagée de devoir enfin affronter ce qui m’épuise tant. » J’entrevois désormais une issue et, au bout du compte, je me dis que cette interminable nuit, que j’ai traversée en pensant ne plus voir le jour, m’aura peut-être permis de devenir une personne plus harmonieuse que je ne l’étais. En ce qui me concerne, le choix s’est finalement réduit à me laisser mourir intérieurement, ou à essayer d’être moi, envers et contre tout. J’essaie de réaliser la seconde option. Je te souhaite le meilleur, pour aujourd’hui ou pour demain. Prends soin de toi.

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  3. Pourquoi la vie est comme un train? Tant qu’il reste sur les rails, tout va bien. Un seul probleme: que de passe-t-il quand ces rails ne sont plus paralleles? C’est le probleme d’un BO. Le train continue!

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