HP, MOI ?! Quand on libère le poisson rouge.

Je sais qu’HP n’a rien à voir avec l’intelligence mais, malgré tout, j’ai peur de me faire prendre pour une prétentieuse. Faut me connaître aussi, j’ai appris à être tout le temps dans l’autodérision pour survivre à mes bêtises incessantes. Alors HP, moi ?!

Me voilà dans cette salle d’attente, tellement nerveuse que je reste debout, faisant les 400 pas en attendant qu’on vienne me chercher. Heureusement, il n’y a personne, je peux me laisser aller à ma nervosité. Zut, pourquoi suis-je là encore ? Ah oui, pour vérifier si je suis HP… Mais comment vais-je justifier cette pensée ? On va se moquer de moi, c’est certain ! Je sais qu’HP n’a rien à voir avec l’intelligence mais, malgré tout, j’ai peur de me faire prendre pour une prétentieuse, voire une mytho. Faut me connaître aussi, j’ai appris à être tout le temps dans l’autodérision pour survivre à mes bêtises incessantes. Alors HP, moi ?! Comment justifier que l’idée me trotte dans la tête. Pourtant, ça fait des années que je fais taire cette petite voix. Etre HP, ça pourrait expliquer tellement de choses : l’impression d’être prisonnière de ma tête, ma distraction extrême, mon côté tout ou rien, mon incapacité à cibler les priorités, la pression que je ressens constamment à l’idée de ne pas correspondre à ce qu’on attend de moi, le syndrome de l’imposteur et, surtout, cette hypersensibilité qui me bouffe de plus en plus !

Comme toujours, je m’étais imaginée toutes les questions possibles, tous les scénarios imaginables… et, comme souvent, la première question me prit malgré tout au dépourvu : « en quoi vous reconnaissez-vous dans votre fils ? » Panique totale, comment est-ce possible que je n’ai pas prédit cette question ? Elle allait de soi vu que j’étais en train de faire tester mon-six-ans au même endroit ! Je n’ai pas su répondre, incapable de calmer mes esprits. Heureusement, les questions suivantes se sont enchainées et m’ont fait rire tellement elles faisaient allusion à toutes mes failles. Je me détends enfin : confirmer que je n’arrive pas à lire un livre car j’en ai cinq en même temps sur ma table de nuit et que je vais dans tous les sens, me semble tellement moins honteux que de devoir dire que non, je ne suis pas une lectrice addicte des grands livres de savants.

Vu l’état de mon cerveau en plein burn-out, nous décidons ensemble de postposer le test de QI. Malgré tout, à ma grande surprise, après les deux premiers rendez-vous, on me confirme que je suis haut-potentiel, l’anamnèse ne laissant apparemment aucun doute[1] . Je regarde le graphique… la sensation est bizarre. Et là, soudain, j’ai la réponse à la question que tout le monde pose : qu’est-ce que ça change de savoir qu’on est HP ?

« Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »

                                                                                                                         Albert Einstein

C’est l’histoire du poisson rouge qui s’est épuisé à essayer de grimper à un arbre, ne comprenant pas pourquoi c’était chose aisée pour les autres et pas pour lui. Je suis née dans un monde de chevaux, ignorant que j’étais un zèbre. Je me suis littéralement tuée à m’adapter, avec la pression constante qu’on remarque mes rayures, mes failles, ma débilité profonde, mais sans en comprendre la raison. JE – SUIS – UN – ZEBRE ! C’est fou, en une fraction de seconde, tout prend du sens. On vient de libérer le poisson rouge qui est en moi.

Je regarde ce graphique comme si j’analysais un mode d’emploi… MON mode d’emploi. Vais-je enfin commencer à me comprendre ? J’essaie de toutes mes forces à me concentrer sur les paroles de la psychologue qui me fait face. Elle m’explique que le test montre que j’utilise de façon très déséquilibrée mes deux hémisphères. Le droit (imagination, intuition,…) à 97%, le gauche (organisation, gestion du temps,…) à 12%. Je sais, certains ne croiront pas à ce genre de théorie. Mais en fait, là tout de suite, comment dire, hum… JE M’EN FICHE. Car, pour la première fois, on met des mots sur une souffrance telle que j’ai envie de fondre en larmes dans le cabinet de la psychologue. Un peu comme si on m’annonçait que j’étais paraplégique alors que j’ai passé près de 40 ans à entendre que je pourrais quand même faire un effort pour marcher. Ce que j’appelais jusqu’à maintenant mon « côté dys » prend tout son sens. CE – N’EST – PAS – DE – MA -FAUTE (et il existe des solutions !).

Je sors de là avec une force intérieure incroyable, l’envie de crier sur les toits que je ne suis pas un cheval, ni mieux ni moins bien, je ne suis juste pas un cheval. C’est fou à quel point cette pensée me donne une force inespérée : je vais arrêter de m’épuiser à être un cheval, je suis un zèbre ! J’arrive à ma voiture, une contravention m’attend, j’ai encore une fois oublié de mettre mon disque, ce n’est pas grave, je suis un zèbre. Tout va bien.

Mon premier reflex était à prévoir avec ma foutue manie de vouloir tout partager avec tout le monde : je préviens quelques personnes de mon entourage. Et là, c’est la douche froide. J’essaie de donner du sens à ma découverte mais je vois bien que pour les autres, cette révélation est loin d’être parlante : « oui, et alors ? », « je comprends pas ce que ça change », « faut encore voir, ils n’ont pas la vérité infuse non plus », « moi, ça m’énerverait qu’on me colle une étiquette comme ça », … En quelques minutes, je me retrouve à nouveau dans la peau du poisson rouge. Rien ne changera en fait[2]. Aux yeux des autres, je resterai la même. Je vais continuer à être tout le temps sous pression, à m’excuser constamment pour mes oublis, à abuser de l’autodérision afin de garder un tant soit peu d’estime. Je pense avoir enfin trouvé la cause profonde de mon burn-out. Je m’épuise à fonctionner comme les autres. Mais si être un zèbre signifie tant pour moi, je dois bien me rendre à l’évidence, ma surexcitation me laisse dans la solitude absolue.

Et soudain, j’ai la réponse à la première question : en quoi vous reconnaissez-vous dans votre fils ? Je reconnais son désarroi profond d’être ce qu’il est…

HP=DYSjonctée

[1] Mon dossier est bien évidemment en suspens en attendant le test et je n’ai pas encore de diagnostic officiel, faisons les choses sérieusement 😉

[2] Dans le livre « Haut potentiel, du boulet au cadeau », Catherine Devreux décrit cette phase apparemment fréquente :  » Quand on a passé toute sa vie à essayer d’être normal, il est nécessaire de faire le deuil d’une « normalité ». C’est parfois un passage assez douloureux chez les personnes.  » Je suis en deuil du « moi » que je m’épuise à être et que je ne serai jamais….

Auteur : hp DYSjonctée

Dys, hp et en burnout sévère... parce que je n’en fais jamais rien à moitié.

6 réflexions sur « HP, MOI ?! Quand on libère le poisson rouge. »

  1. Y a longtemps que j’ai fait mon deuil d’être comme les autres, je fonctionne pour moi-même, à mon envie, j’essaye de vivre mes rêves, et basta de ce que les autres pourraient en penser. C’est mon choix, je l’assume, ça plait pas , au revoir, je ne force ni ne retient personne. Prix à payer : la solitude; tant mieux, vaut mieux être seul que mal accompagné, ça prend somme toute moins d’énergie 😉

    Jusqu’au jour où j’apprends la possibilité d’être HP. Ben ça aide, surtout à comprendre comment les autres fonctionnent, parce que pour mon fonctionnement perso, j’ai fait le point avec moi-même il y a longtemps, je m’accepte à ce niveau, ça ne me pose pas de problème. Le problème, c’est les autres 😀

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  2. Bonjour, suite à une suggestion du site WordPress je tombe sur votre blog et je vais vous suivre, car ce que vous écrivez est vraiment très intéressant 🙂
    Je suis Dyslexique (qui n’est pas une maladie !), j’ai un qi un peu au dessus de la moyenne sans être une hp, et j’ai un tas de troubles connexes avec (mnésique, mathématique, de l’attention) et les répercussions qui vont avec.

    J’ai fait un bilan il y a 5 ans (et eu ma Rqth), car à l’inverse de vous, je n’arrive pas du tout à rentrer, ni à m’adapter à une vie pro lambda (je ne risque donc pas le burn out ^^). Je suis allée voir une neuropsychologue, une psychomotricienne qui m’a permit de comprendre mon fonctionnement et mes adaptations suivit d’une orthoptiste qui m’a fait comprendre que je voyais en 2D. Avec des prismes à mes lunettes maintenant, je vois en 3D (découvrir les formes, les volumes, à la trentaine ça fait un drôle d’effet ^^), et j’ai pu me remettre à la lecture. (Pensez peut-être à aller voir ses spécialistes 😉 )

    J’en ai aussi parlé à ma famille, ma mère comprends mieux les mécanismes de mon enfance, mon père à encore un peu de mal à comprendre (étant dys lui aussi mais différemment), et quand aux restes de la famille, ils sont pour certains dans le déni. Il faut aussi du temps pour que ceux qui nous ont côtoyé si longtemps puisse comprendre, accepter, digérer cette information. Alors si ça changera, mais doucement et chacun y (re) trouvera sa place.

    Ce burn-out est quelque part quelque chose de positif, cela va vous permettre de tout lâcher et de prendre du temps pour vous, de « enfin » vous posez vraiment. De vous découvrir, de vous accueillir, de vous accepter. De constater que oui vous n’êtes pas et ne serez jamais comme tout le monde et qu’on vous demande pas de l’être et que si c’est le cas, vous ne pourrez pas, sauf avec des adaptations. Car comme je dis souvent : « ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne peux pas » (retenir, calculer de tête, être dans l’attention constante, ne pas confondre droite/gauche), etc).

    Vous allez pouvoir souffler, et commencer à vivre selon vos envies, selon votre « différence » qui à certains avantage et qui fait la jolie personnalité que vous avez et qui ne demande qu’à sortir et exister, telle une fleur pas encore éclore (ou éclose).

    Avec le temps et douceur, ça va aller mieux, vous verrez, c’est vrai que c’est pas facile de s’accepter « autre », mais avec le temps et en connaissant votre fonctionnement, vos limites, vos adaptations, ça ira de mieux en mieux. Vous êtes courageuse, faire ce premier pas n’est pas forcément évident, alors bravo. 🙂

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  3. Je suis arrivée ici parce que je suis HP en burnout. Votre site m’a donc doublement parlé. Enfin, je suis officiellement sortie du burnout… mais je n’en ai pas l’impression. Aujourd’hui, je me suis dit « Le burnout, on en sort jamais en fait et c’est BIEN. » Je m’explique: je n’ai pas envie d’oublier cette prise de conscience, d’oublier à nouveau qui je suis (la petite fille de l’animation « burn out »). J’en paye encore les conséquences physiques et cognitives.. j’ai peur de rechuter mais au moins, je n’ai plus peur des mêmes choses. Je n’ai plus peur de ne pas écouter la petite fille (qui ne m’a jamais quittée). Si je commente cette publication-ci, c’est parce que votre description du résultat.. c’était moi, chez ma psy, il y a 3,5 ans (le BO a suivi le résultat 2 ans plus tard). J’avais 37 ans. Vous avez eu la même réaction que moi: ce n’est pas de ma faute. Pour le coup, moi, j’en ai pleuré. Bref. Je vous comprends ❤️✨ Belle après-midi.

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